THE LIGHTHOUSE

Willem Dafoe et Robert Pattinson, plein phare

Le film n'a que trois acteurs: Willemn Dafoe (à gauche), Robert Pattinson et… le phare (©UPI).
Le film n'a que trois acteurs: Willemn Dafoe (à gauche), Robert Pattinson et… le phare (©UPI).

Deux hommes isolés dans un phare éloigné, une ambiance oppressante, une atmosphère sombre: présenté à la Quinzaine des réalisateurs au dernier Festival de Cannes et Prix du Jury au Festival de Deauville, l'inquiétant et singulier film THE LIGHTHOUSE sort sur les écrans français ce mercredi 18 décembre.

En noir-et-blanc, avec une image de format carré, THE LIGHTHOUSE n'a que deux personnages: deux gardiens de phare qui débarquent pour une mission de quatre semaines sur une île mystérieuse et reculée de Nouvelle-Angleterre, loin des côtes, dans les années 1890.

Tout oppose ces deux étrangers. Thomas Wake (Willem Dafoe) est un gardien de phare expérimenté et impétueux, vieux loup de mer à la barbe fournie qui fume la pipe, boit de l'alcool, rote et pète (mais qui tricote aussi, quand il s'ennuie). C'est le chef, il veut tout contrôler, donne des ordres et ne se gêne pas pour rabrouer son mystérieux subalterne, Efraim Winslow (Robert Pattinson), à la moindre occasion.

Celui-ci, ancien bûcheron au passé trouble et en quête d’un nouveau départ, peu loquace et effacé, effectue les tâches éprouvantes qui lui incombent: blanchir des murs de briques à la chaux, réparer les fuites du toit, transporter du charbon, récurer et astiquer les cuivres, faire le ménage et le café, entretenir la citerne.

Les deux hommes se relaient jour et nuit et ne se retrouvent ensemble que quelques heures quotidiennement. Mais au fil des jours la tension monte entre eux, à coups de disputes, éclats de voix, ordres hurlés, manipulation, actes d'intimidation, méfiance réciproque et envies de bagarre, entre deux moments d'apaisement. Cet affrontement psychologique et verbal va atteindre son paroxysme lorsqu'une terrible tempête s’abat sur l’île, empêchant de prendre la mer le bateau qui devait amener leurs remplaçants…

Le spectateur se doute dès le début que la cohabitation entre les deux gardiens de phare sera moins facile que Mitterrand-Balladur ou Neymar-Mbappé, et que le duo va virer au duel. Mais c'est dans une ambiance de mystère puis de terreur, voire d'horreur, que le réalisateur américain Robert Eggers a décidé de raconter ce huis-clos insulaire, avec cauchemars et retours à la réalité, forces mystérieuses réelles ou imaginaires, guerre des nerfs permanente et une fin qui dérape, un peu Grand-Guignol (et un peu décevante).

À 36 ans c'est son deuxième long-métrage après déjà un premier film d'épouvante, THE WITCH, en 2015, qui racontait la désagrégation d'une famille de colons bannis de leur communauté puritaine dans la Nouvelle-Angleterre du XVIIe siècle et qui, installée à la lisière d'une forêt, se trouve confrontée à une force maléfique.

Ici les forces maléfiques sont parfois dans la tête des deux personnages, interprétés avec force par Willem Dafoe et Robert Pattinson, omniprésents à l'écran –car seuls tous les deux, tout au long du film– au milieu des éléments hostiles. Le sentiment d'enfermement et de solitude est renforcé, outre l'utilisation du noir-et-blanc et du format carré de l'image, par un filtre sur la caméra qui permet de reproduire à l'écran l’aspect et le grain unique des photographies de la fin du 19e siècle, ce qui donne un air d'authenticité aux nombreuses scènes dans la pénombre, tournées à la lumière des bougies, et rappelle notamment les premiers films parlants de la fin des années 1920.

Et comme le réalisateur de ce film peu commun est perfectionniste, il a fait construire entièrement les décors du film (intérieurs et extérieurs, y compris le phare), et a surtout apporté un soin particulier au son: le cri des mouettes, le bruit des machines, la pluie, le tonnerre, le vent, les vagues, les craquements du parquet, le tic-tac des horloges, le sifflement de la bouilloire, le bruit des pas sur les rochers détrempés et surtout le mugissement régulier et angoissant du phare lui-même contribuent à créer une atmosphère oppressante.

"Il fallait que la corne de brume rende le spectateur dingue", explique Robert Eggers. "Le personnage de Willem Dafoe parle aussi beaucoup, et la tempête fait rage la plupart du temps. C’était un équilibre difficile à trouver au niveau du son, parce qu’il ne fallait pas que le spectateur, submergé par trop de stimulations sonores, soit gêné au point de se déconnecter de l’histoire, voire de quitter la salle de cinéma! Mais sans un paysage sonore efficace, le film ne fonctionne pas du tout". De fait, il fonctionne.

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"Le calme plat, c'est le diable (…). Le seul remède, c'est la boisson. Ça rend les marins heureux" (Willem Dafoe).

 

THE LIGHTHOUSE

(États-Unis, 1h49)

Réalisation: Robert Eggers

Avec Willem Dafoe, Robert Pattinson

(Sortie le 18 décembre 2019)


Lire cet article et d'autres papiers cinéma, ainsi que toute l'actualité en temps réel, sur FranceSoir.fr