LE FILM DE LA SEMAINE


THE UGLY

L'amour est aveugle

Im Yeong-gyu, jeune graveur aveugle (Park Jeong-min), a connu sa femme dans la Corée du Sud des années 70 (©Wowpoint/Plus-M Entertainment).
Im Yeong-gyu, jeune graveur aveugle (Park Jeong-min), a connu sa femme dans la Corée du Sud des années 70 (©Wowpoint/Plus-M Entertainment).

Quarante ans après la disparition de sa femme, connue pour sa laideur, un artisan aveugle a enfin de ses nouvelles: c'est le point de départ du thriller psychologique sud-coréen THE UGLY, sur les écrans ce mercredi 29 juillet.

C'est le 9e film du réalisateur Yeon Sang-ho, mais pas le dernier: le 10e, COLONY, a été présenté hors-compétition au dernier Festival de Cannes et est sorti en France dans la foulée (il est encore à l'affiche dans une centaine de salles). C'est un film de vampires, comme son 3e, l'excellent DERNIER TRAIN POUR BUSAN, qui l'avait fait connaître en 2016.

Du suspense mais pas de vampires dans THE UGLY, le réalisateur sud-coréen change de genre. L'histoire débute avec un documentaire que tourne la télévision sur un maître artisan, Im Yeong-gyu (Kwon Hae-hyo), graveur de sceaux, jadis élu "Meilleur ouvrier de Corée".

Aveugle de naissance, il a élevé seul son fils Im Dong-hwan (Park Jeong-min), depuis la disparition de sa femme 40 ans plus tôt, alors que leur fils était encore bébé. Tous deux pensent qu'elle les avait abandonnés subitement.

Enquête

Et puis, un jour, coup de fil de la police: les ossements de la femme disparue sont découverts sur un chantier à flanc de colline. Cette révélation survient en plein tournage du reportage de la télévision et la journaliste, qui flaire un bon sujet, décide, avec le fils, d'enquêter sur la disparue.

Tous deux vont remonter l'histoire, consulter des archives, interroger anciens collègues et membres de la famille de cette femme que l'artisan aveugle avait épousée dans les années 70. Une femme discrète et effacée qui passait pour être d'une laideur extrême, qualifiée par tous de "laidron" et d'"espèce de mocheté", surnommée à l'époque "Tête-de-cul" par ses proches, en proie aux moqueries et à la méchanceté –sauf de son jeune mari aveugle (Park Jeong-min, dans un double rôle)…

Maîtrise du suspense

Loin de ses films d'horreur habituels, le réalisateur Yeon Sang-ho, 47 ans, montre ici sa maîtrise du suspense, mais celui-ci est psychologique, avec un rythme lent et une construction appliquée et intelligente, où les révélations se succèdent implacablement, au fil des interrogatoires de la journaliste et du fils.

La réalisation, sans fausse note ni détours inutiles, utilise, pour le récit, des retours en arrière dans lesquels la mystérieuse femme du jeune artisan aveugle est filmée de dos: on ne voit jamais son visage, on ne peut juger si celui-ci était vraiment laid ou non…

Corée des années 70

Enquête policière et drame familial, THE UGLY est aussi une réflexion sociale sur le "miracle économique" de la Corée du Sud des années 70. L'un des aspects de la société de l'époque est symbolisé par la réussite et l'ascension du jeune graveur, aveugle mais doué: "À l’origine de The Ugly, il y a le désir de fabriquer un film qui fasse allégorie d’un moment clé de l’histoire contemporaine de la Corée du Sud. J’ai souhaité m’attarder sur ces années 1970, profondément marquées par une idée centrale: la «croissance» devenue presque obsessionnelle dans son influence sur la société", explique Yeon Sang-ho.

Agent révélateur

"À l’inverse, j’ai imaginé la mère comme un agent révélateur", ajoute-t-il. "Elle est victime de la haine et des préjugés qui accompagnent cette période de prospérité, dissimulés sous un récit national qui n’a que les mots «réussite», «succès» et «rendement» à la bouche".

"La beauté cachée des laids, des laids/ Se voit sans délai, délai", chantait Gainsbourg avec humour. Mais non: au-delà de la Corée des années 70, l'idée plus générale et universelle qui constitue l'une des forces du film est résumée par le père, vers la fin de l'histoire: "Ce qui est beau est respecté. Ce qui est laid est méprisé".

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"C'est une sorte d'idée reçue: «les aveugles ne doivent pas savoir ce qu'est la beauté». C'est faux. Au contraire, les gens comme moi réfléchissent beaucoup à ce que les voyants considèrent comme beau" (le père, au début du film).

 

The Ugly

("Eolgul") (Corée du Sud, 1h42)

Réalisation: Yeon Sang-ho

Avec Park Jeong-min, Kwon Hae-hyo Kwon, Shin Hyun-been

(Sortie le 29 juillet 2026)


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