LE PASSAGE

Destins croisés dans la Syrie en guerre

Marwan (Omar Sy) gagne de l'argent comme passeur de migrants syriens, pour donner un meilleur avenir à son fils (©Kinostar/Nour Films).
Marwan (Omar Sy) gagne de l'argent comme passeur de migrants syriens, pour donner un meilleur avenir à son fils (©Kinostar/Nour Films).

D'habitude il joue les types sympas et rigolos. Mais dans LE PASSAGE (ce mercredi 8 juillet sur les écrans), Omar Sy interprète un personnage cynique et antipathique: passeur de migrants entre la Syrie et la Grèce.

C'est l'un des cinq personnages dont les destins se croisent dans ce film qui illustre le sort dramatique des Syriens qui ont tenté de quitter leur pays pendant la bataille d'Alep, entre 2012 et 2016, lors de la guerre civile entre le régime de Bachar el-Assad et ses opposants.

Zodiac surchargé

Omar Sy interprète Marwan, un homme solitaire qui gagne sa vie en allant chercher, dans les camps de réfugiés, des candidats au départ. C'est 2.000 dollars pour un adulte, 1.500 pour un enfant, avec départ en pleine nuit sur un Zodiac surchargé, sans garantie d'atteindre la Grèce. Marwan amasse ainsi de l'argent dans l'espoir d'offrir un avenir meilleur à son jeune fils, malade, qui rêve de pizzas et de Chicago.

Avant Marwan, le film raconte le parcours d'une femme médecin, Amira (Yasmine Al Massri), qui, après l'explosion de l'appartement de ses parents à Alep lors d'un anniversaire, se retrouve seule rescapée avec sa fille et s'enfuit vers la frontière, cachée avec elle, dans le coffre d'une voiture.

Chasse aux traîtres

Il y a aussi Mustafa (Yahya Mahayni), un soldat qui, avec les autres sbires du régime, fait la chasse aux "traîtres" et aux "terroristes" –dont fait partie son père, qu'il va voir en cachette. On raconte aussi l'histoire de Fathi (Ziad Bakri), un poète qui tente lui aussi de s'enfuir en Zodiac avec sa femme et ses trois jeunes enfants, pour qui il réclame en vain des gilets de sauvetage.

Et il y a Stavros (Constantine Markoulakis), capitaine des garde-côtes de l'île grecque de Lesbos, qui accumule les sauvetages en mer, parfois sous la pluie, en pleine nuit, de ces migrants syriens…

Film kaléidoscope

Le médecin, le soldat, le passeur, le poète, le capitaine: les parcours de ces cinq personnages vont se croiser et se rejoindre dans ce film kaléidoscope, certaines scènes étant filmées plusieurs fois sous des angles différents, au fil de la narration de l'histoire.

Et chaque action de l'un peut avoir des conséquences sur les autres, sorte d'effet papillon dans cette construction voulue par le réalisateur, Brandt Andersen: "Cette idée qu’une action, même minime et située très loin, peut avoir des conséquences immenses ailleurs dans le monde, et que ces répercussions peuvent s’amplifier… c’est un principe auquel je crois profondément".

Activiste et producteur

Et d'ajouter: "Ces fils invisibles qui nous relient sont extrêmement puissants, mais aussi très fragiles. En construisant ce film et sa structure, cela m’a semblé évident, car je ressens cela très profondément. Je crois qu’il y a bien plus de choses qui nous rapprochent que de choses qui nous séparent".

Brandt Andersen, 47 ans, est un activiste qui a participé à de nombreuses opérations humanitaires et visites de camps de réfugiés, sous l'égide des Nations Unies et d'ONG. Il est aussi producteur de cinéma et avait réalisé en 2020 un court-métrage, REFUGEE, ébauche de ce film LE PASSAGE, son premier long-métrage.

Gentils et méchants

Le film prend le spectateur au cœur, avec la description réaliste, sobre mais puissante, de l'enfer vécu par les Syriens pendant la guerre civile et lors de leurs tentatives pour fuir le pays. Il y a, tout au long du récit à suspense, les gentils et les méchants, certains changeant de camp au fil de l'histoire car tout n'est jamais tout noir ou tout blanc.

"J’espère que les spectateurs verront le film et comprendront que la vie n’est pas aussi simple, ni aussi tranchée", dit le réalisateur. "Un passeur, qui peut sembler être une très mauvaise personne, peut être un père formidable. Et un Casque blanc, admiré pour avoir sauvé des vies et respecté dans sa communauté, n’est pas forcément un bon père".

LE PASSAGE est donc bouleversant et fort, profondément humaniste, que Brandt Andersen voit comme une extension évidente de son action humanitaire depuis des années: "Oui, absolument. Ce n’était pas mon intention au départ. Ça ne s’est pas construit comme ça, mais c’en est devenu une extension. Je continuerai à m’engager dans l’humanitaire, quoi qu’il arrive dans ma carrière de cinéaste après ce film".

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"Qu'ils s'en sortent ou pas, ils payent pareil" (Omar Sy, quand on lui demande quelles garanties ont les réfugiés d'arriver à bon port).

 

Le Passage

("I Was a Stranger") (États-Unis, 1h43)

Réalisation: Brandt Andersen

Avec Omar Sy, Yasmine Al Massri, Yahya Mahayni

(Sortie le 8 juillet 2026)


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