NUMÉRO UNE

La cause des femmes

Entre Emmanuelle Devos et Richard Berry, c'est la guerre ouverte (©Pyramide Films).
Entre Emmanuelle Devos et Richard Berry, c'est la guerre ouverte (©Pyramide Films).

Dans la vie privée, dans le monde politique, dans l'entreprise, l'égalité entre hommes et femmes progresse chaque jour mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. C'est le message que défend Emmanuelle Devos dans le film NUMÉRO UNE, de la réalisatrice Tonie Marshall.

L'actrice y interprète Emmanuelle Blachey, une ingénieure brillante et volontaire, qui a gravi les échelons de son entreprise, le géant français de l’énergie, jusqu’au comité exécutif. Elle parle chinois couramment, a quelquefois le temps d'aller au club de gym, rentre trop tard chez elle le soir pour s'occuper de sa fille de 8 ans mais l'accompagne le matin à l'école, est mariée à un avocat anglais sympa aux affaires fluctuantes et qui ne s'offusque pas de gagner moins d'argent qu'elle.

Un jour, elle est approchée par un réseau de femmes d’influence, le Club Olympe, qui lui propose de l’aider à devenir la première femme PDG d’une entreprise du CAC-40. Il s'agit de "faire avancer la cause des femmes chaque fois que c'est possible", lui dit-on.

Les femmes du Club Olympe ont ciblé la présidence du plus grand groupe de distribution d'eau dont le PDG, gravement malade, n'a pas préparé sa succession. Le plus sérieux des candidats au poste est un grand patron, Jean Baumel (Richard Berry), homme de réseaux, macho et sûr de lui, épaulé par son âme damnée Marc Ronsin (Benjamin Biolay) qui manœuvre en coulisses et dans les cercles d'influence.

Avec une agence de communication, le Club Olympe met Emmanuelle Blachey sur les rails. Rencontre avec les grands patrons de presse, contacts avec les milieux francs-maçons, colloques et soirées avec d'autres hauts dirigeants, séances de média-training, interviews et photos dans la presse: "il faut qu'on vous voie partout", lui explique-t-on.

Mais Jean Baumel et Marc Ronsin, devant cette offensive, réagissent avec quelques coups tordus, notamment en privant le mari d'Emmanuel Blachey de ses principaux clients. Déstabilisation personnelle, dossiers confidentiels de transferts d'argent et d'opérations frauduleuses, documents compromettant sur la vie privée, tentatives d'intimidation, mise en cause de proches collaborateurs, tractations et rendez-vous secrets: la guerre est déclarée, de part et d'autre on sort les armes lourdes. C'est le prix à payer pour devenir numéro un… ou une.

Tonie Marshall, 65 ans, réalisatrice d'une dizaine de longs métrages depuis 1989, a au moins un point commun avec Emmanuelle Blachey: elle est la première femme –et toujours la seule à ce jour– à avoir reçu le César du… "meilleur réalisateur", en 2000 pour VÉNUS BEAUTÉ (INSTITUT). A l'époque, le film souffla même aussi le César du meilleur film aux deux favoris, JEANNE D'ARC de Luc Besson et LA FILLE SUR LE PONT de Patrice Leconte.

Dans NUMÉRO UNE, elle montre une belle maîtrise de la réalisation en donnant à cette histoire féministe des allures de vrai polar, avec suspense et rebondissements, dans le monde des affaires que la journaliste du Monde Raphaëlle Bacqué, qui a participé au scénario, l'a aidée à décrire avec réalisme. Emmanuelle Devos est très crédible dans le personnage, Richard Berry un peu caricatural, et Benjamin Biolay diaboliquement mystérieux.

Le ton général, avec quelques respirations intimistes et malgré des personnages masculins pas très affinés, n'est pas du militantisme féministe pur et dur et, explique la réalisatrice, "NUMÉRO UNE se veut un film positif, et le contraire d’un film victimaire. Le discours victimaire me met souvent mal à l’aise. Je sais que le +doute+ est un sentiment partagé par presque toutes les femmes mais, même atteintes ou blessées, nous devons essayer d’être dans l’avancée, toujours croire que les choses peuvent changer".

Le combat continue, donc, et il n'est pas perdu d'avance. Tonie Marshall se veut optimiste pour l'avenir, un rien utopiste: "Dans NUMÉRO UNE, je voulais défendre l’idée que s’il y avait entre 40% et 50% de femmes à la tête des entreprises, le type de gouvernance changerait. On accéderait à un capitalisme plus dialoguant, où entreprendre, lutter et gagner ne serait plus synonyme de guerre de tranchées. Les femmes sont fortes pour le dialogue. Un dialogue plus souple souvent que celui des hommes. Et discuter, c’est l’essence même de l’entreprise, du désir de s’associer, de faire des partenariats".

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"Il y a trois moteurs: le pouvoir, le sexe et l'argent. Aucun mec ne cumule les trois. C'est deux max" (Benjamin Biolay à Richard Berry).

 

NUMÉRO UNE

(France, 1h50)

Réalisation: Tonie Marshall

Avec Emmanuelle Devos, Richard Berry, Benjamin Biolay

(Sortie le 11 octobre 2017)


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