NOVEMBRE

Cinq jours de traque anti-terroriste

Fred (Jean Dujardin), numéro-2 des services anti-terroristes, dirige l'enquête –dans les bureaux et sur le terrain– pour retrouver les deux terroristes du 13 novembre 2015 en fuite dans Paris (©Recifilms/ Chi-Fou-Mi Productions/ StudioCanal/ France-2 Ciné
Fred (Jean Dujardin), numéro-2 des services anti-terroristes, dirige l'enquête –dans les bureaux et sur le terrain– pour retrouver les deux terroristes du 13 novembre 2015 en fuite dans Paris (©Recifilms/ Chi-Fou-Mi Productions/ StudioCanal/ France-2 Ciné

Après le choc, l'onde de choc. Dans son nouveau film NOVEMBRE, qui sort sur les écrans ce mercredi 5 octobre, le réalisateur Cédric Jimenez plonge le spectateur au cœur de l’anti-terrorisme pendant les 5 jours d’enquête qui ont suivi les attentats du 13 novembre 2015 à Paris.

L'histoire commence 10 mois plus tôt à Athènes. Le numéro-2 de la sous-direction anti-terroriste (SDAT), Fred (Jean Dujardin), mène avec des commandos de la police grecque une opération d'interception qui fait chou blanc. Il transmet le message bref à ses supérieurs: "Tentative d'extraction d'Abaaoud terminée. Échec".

Le 13 novembre, cet Abdelhamid Abaaoud sera le commandant opérationnel des attentats qui feront 130 morts. Stade de France, terrasses, Bataclan: cette nuit-là, les services de police et de l'anti-terrorisme sont submergés d'appels, et se rendent vite compte de l'ampleur de la catastrophe.

Deux terroristes recherchés

La plupart des terroristes sont vite identifiés. Alors que l'un d'eux, Salah Abdeslam, s'enfuie en Belgique (il y sera arrêté le 18 mars 2016, jugé et condamné par la cour d'assises spéciale de Paris à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible le 29 juin 2022), deux autres terroristes sont recherchés: Abaaoud et Chakib Akrouh.

Sous l'autorité de sa supérieure Héloïse (Sandrine Kiberlain) qui dirige la SDAT, Fred va superviser l'enquête pour tenter de retrouver les deux hommes, aidé par Marco (Jérémie Renier) qui coordonne les enquêteurs, par une jeune policière, Inès (Anaïs Demoustier), et par tous les autres membres de son équipe.

Élément inattendu

Pendant cinq jours, les hommes et femmes de la SDAT vont mener l'enquête et effectuer un travail de fourmis: caméras de surveillance, filatures, interventions, interrogatoires de blessés, écoutes téléphoniques, connexions entre dossiers, veille internet, interrogatoires de suspects, surveillance, utilisation de drones.

Et puis un élément inattendu va les faire progresser. Une jeune femme, Samia (Lyna Khoudri), les appelle pour leur dire qu'elle sait où se trouvent les deux terroristes. Elle loge chez elle la cousine d'Abaaoud et affirme que les deux hommes se cachent dans des buissons sous un échangeur d'autoroute près de Paris…

Personnages de fiction

"Ce film est inspiré de faits réels mais reste une fiction", dit un panneau avant le début du film. Tous les personnages, en dehors des terroristes dont on connaît les noms, ont été inventés, ce sont des personnages de fiction. Mais "tous ces personnages existent dans un sens. Dans la vraie vie, ils sont protégés et vivent sous une autre identité. Car lorsqu’on travaille pour l’anti-terrorisme, on fait face à des menaces particulièrement importantes. Donc, dans le film, on les protège aussi de ce qu’on peut reconnaître d’eux. Mais ils sont tous inspirés de véritables personnes", explique le réalisateur Cédric Jimenez, qui a rencontré certains des policiers impliqués dans cette enquête.

Comme son précédent film BAC NORD, gros succès de 2021 qui se déroulait au cœur de la guerre entre flics et dealers dans les quartiers chauds de Marseille, NOVEMBRE a été présenté hors-compétition au Festival de Cannes. Et comme dans BAC NORD, Cédric Jimenez reprend des faits réels pour en faire un thriller policier haletant, au rythme rapide et captivant, au suspense continu.

Scénario très factuel

Ici plus que jamais le scénario est très factuel, très précis dans sa chronologie. Et la réalisation est volontairement sobre, sans s'attarder sur la vie privée ou les états d'âme des personnages. NOVEMBRE "ne traite pas des attentats en eux-mêmes, en tout cas pas frontalement, mais des cinq jours qui ont suivi. Ce qui m’a passionné, c’est qu’au-delà du choc, l’enquête de la police a représenté un travail titanesque, et en termes de responsabilités, la tension était incroyable pour ce service. Le scénario parle de cela. C’est ce qui m’a donné envie de le mettre en scène", explique le réalisateur.

Le personnage le plus important du film n'est pas le chef des enquêteurs, interprété par Jean Dujardin, mais la jeune femme Samia, qui surgit de nulle part et confronte les enquêteurs à leur principale interrogation: ment-elle ou dit-elle la vérité? Le scénario souligne alors l'importance de l’instinct, de la conviction personnelle, du flair de certains policiers, et donne sa dramaturgie au film, tout comme les différents interrogatoires –ce qui le différencie d'un documentaire, au-delà de l'exactitude des faits.

Samia est Sonia

Le personnage de Samia existe dans la réalité. La jeune femme s'appelle "Sonia" mais c'est un prénom d'emprunt, elle a changé d'identité et de logement, et bénéficie de la protection des témoins assurée par la police. Dans le film elle est présentée comme musulmane coiffée d'un foulard, ce qui n'était pas le cas dans la réalité et a conduit son avocate à obtenir un accord avec les producteurs du film pour que cela soit porté à la connaissance des spectateurs.

Parti pris important, NOVEMBRE ne comporte aucune reconstitution des attentats. Pour Cédric Jimenez, contacté par le scénariste Olivier Demangel et les producteurs pour réaliser le film, il n'en était pas question: "Jamais. J’aurais trouvé cela obscène, véritablement obscène… Si j’avais lu le moindre effet en ce sens (dans le scénario), je n’aurais jamais fait le film. Ce qui m’a plu c’est que c’était le contre-point de vue. On ne mettait pas en scène les attentats, ni les victimes. Le seul moment où le film le fait c’est dans l’hôpital mais c’est uniquement dans la perspective de l’enquête. Et c’est bord cadre, en essayant d’être le plus pudique possible".

Par pudeur

Même opinion exprimée par Olivier Demangel: "Cela me paraissait impossible à représenter. Par pudeur, déjà. Je ne voulais en aucun cas que cette fiction ravive des plaies. Et j’ai justement cherché le point de vue presque opposé. (…) C’est à-dire que l’on va traiter des attentats du 13 novembre, mais que l’on va y aller avec des personnages qui restent à côté. Pas à l’épicentre de l’angoisse mais du côté de celles et ceux qui essaient de nous en sortir. C’est le cœur de la catharsis du film –de sa dimension rédemptrice".

Comme pour BAC NORD, le film, qui glorifie les policiers, risque d'être traité de "film de droite" par certains critiques et spectateurs situés à l'autre extrémité du paysage politique. Mais Cédric Jimenez et Olivier Demangel n'en ont cure, qui ont voulu raconter ces cinq jours de traque avec précision et sobriété, dans le double esprit de rendre hommage aux victimes et de saluer le travail des enquêteurs. "Je ne fais pas mes films en anticipant ce que les gens vont en penser, surtout pas quand il s'agit de certaines attaques qui me semblent un peu déplacées ou en tout cas injustifiées. Je fais des films parce que je crois au sujet, parce que je pense qu'il faut les faire, et pas en essayant de plaire à qui ce soit", a expliqué le réalisateur à Cannes.

Service public

De son côté Olivier Demangel a conçu ce scénario pour raconter, dit-il, "cette nuit au cours de laquelle la société et Paris ont failli basculer dans le chaos et comment les pompiers, les personnels hospitaliers, ceux du SAMU, les policiers ou encore les magistrats ont réussi à prendre le dessus pour maintenir la cohésion et la cohérence de la ville, du pays. J’ai eu envie de raconter ce que c’est que le service public aujourd’hui. Ce service qui subit tant de critiques et qui est pourtant le fondement de la société, en particulier de la nôtre. Qui nous protège durant un événement pareil? Qui travaille quand nous avons peur?"

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"Je sais où sont cachés les deux terroristes" (Samia, à la police).

 

Novembre

(France, 1h40)

Réalisation: Cédric Jimenez

Avec Jean Dujardin, Anaïs Demoustier, Sandrine Kiberlain

(Sortie le 5 octobre 2022)


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