NINA WU

#MeToo taïwanais

L'actrice Wu Ke-Xi, qui interprète ici le personnage de Nina Wu, a également écrit le scénario du film (©Épicentre Films).
L'actrice Wu Ke-Xi, qui interprète ici le personnage de Nina Wu, a également écrit le scénario du film (©Épicentre Films).

Inspiré de l'affaire Weinstein, le film NINA WU, présenté en mai dernier à Un Certain Regard, la section officielle parallèle du Festival de Cannes, raconte l'histoire d'une actrice de Taïwan obligée de subir les humiliations d'un réalisateur et d'un producteur de cinéma.

C'est le cinquième long-métrage de Midi Z, 37 ans, réalisateur taïwanais originaire de Birmanie. Mais le scénario a été écrit par Wu Ke-Xi, 36 ans, qui interprète également le rôle principal et s'est inspirée de sa propre histoire. "Le mouvement #MeToo m’a amenée à me renseigner sur le syndrome de stress post-traumatique. J’ai pris conscience que j’en avais souffert moi-même dix ans auparavant. Figurante sur le tournage d’un spot publicitaire, j’ai été humiliée par le réalisateur", raconte-t-elle.

Elle interprète donc le personnage de Nina Wu, jeune actrice qui a quitté sa province depuis huit ans pour tenter sa chance à Taipei, la capitale. Après quelques courts métrages, spots de pub et vidéos live sur Internet, elle reçoit enfin une proposition intéressante: son agent lui a trouvé le rôle principal d’un film d’espionnage.

Mais le scénario prévoit des scènes de nu, de sexe, de violence. "Elle est allongée nue sur un lit entre deux officiers", précise notamment le script, qui fait mention également de scènes où elle subit des gifles, des insultes, des cris. Malgré ses réticences, Nina accepte le rôle…

"Le film nous rappelle comment la société patriarcale voit les femmes et les définit. L’affaire Weinstein dont s’inspire le film n’occupe qu’une petite place dans l’intrigue. Mais bien sûr, il y a des liens évidents. (…) Cependant, le film peut se suffire à lui seul, sans qu’on se réfère nécessairement à l’affaire. Elle n’a pas d’incidence sur la compréhension du film par le spectateur", explique le réalisateur.

Sous des airs de thriller psychologique –il y a du suspense et des rebondissements dans l'histoire–, NINA WU décrit la manière dont les femmes sont traitées dans les milieux du cinéma, à travers ce personnage féminin qui a subi un traumatisme et dont on se demande, du coup, si elle est victime ou schizophrène –ou les deux. Pour cela, le réalisateur multiplie les fausses pistes qui égarent le spectateur: film dans le film, narration parfois onirique, flash-back incessants, cauchemars et hallucinations alternant avec souvenirs réels et scènes d'humiliations et d'agressions sexuelles. "J’ai brouillé la frontière entre le rêve et la réalité, le présent et le passé", dit Midi Z.

Le réalisateur auquel Nina Wu est confrontée est odieux et tyrannique, mais le producteur du film est pire. "Vous savez nager? Pleurer en dix secondes? Faire l'amour à trois?", l'interroge-t-il avant de lui demander de faire le chien. Puis, après avoir aligné dans son bureau six actrices en robe rouge avec des numéros, il en sélectionne deux et leur dit: "Celle qui arrachera la robe de l'autre aura le rôle"…

Tout cela fait froid dans le dos quand on imagine que ce n'est pas très éloigné de la réalité. "Je n’ose même pas imaginer la souffrance de toutes ces femmes qui ont été violées par Weinstein!", dit Wu Ke-Xi. "Mais pour être passée par une expérience traumatisante moi-même, je connais cet état de confusion et je savais comment l’exprimer au cinéma, en superposant le fantasme à la réalité".

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"Je ne crois pas qu'une actrice d'Hollywood refuserait un beau rôle à cause d'une scène de nu" (l'agent de Nina Wu, au début, quand il lui présente le rôle qu'il lui a trouvé).

 

NINA WU

(Taïwan, 1h43)

Réalisation: Midi Z

Avec Wu Ke-Xi, Vivian Sung, Ming-Shuai Shih

(Sortie le 8 janvier 2020)