MR. TURNER

Le fascinant peintre anglais devant la caméra de Mike Leigh

Timothy Spall a reçu à Cannes le Prix d'interprétation (©Simon Mein/Thin Man Films)
Timothy Spall a reçu à Cannes le Prix d'interprétation (©Simon Mein/Thin Man Films)

Habitué à raconter des histoires de la vie quotidienne et à dresser le portait de gens modestes, Mike Leigh change de genre. Le cinéaste anglais, réalisateur notamment de NAKED, ANOTHER YEAR ou SECRETS ET MENSONGES (qui lui valut la Palme d'or à Cannes en 1996), s'intéresse aux 25 dernières années de la vie du peintre William Turner (1775-1851) dans son dernier film MR. TURNER, dans les salles ce 3 décembre.
Artiste reconnu mais parfois raillé par l'aristocratie ou ses collègues, Turner est un bougon qui grogne comme un bouledogue, fréquente les prostituées, fait des séjours réguliers en bord de mer sous un faux nom, tombe amoureux de sa logeuse, attrape une bronchite en se faisant attacher à un mât de bateau en pleine tempête pour les besoins d'un tableau, et cloue le bec aux autres peintres qui exposent à ses côtés en rajoutant une bouée rouge au dernier moment sur une de ses toiles maritimes.
Le personnage est interprété par Timothy Spall, qui a reçu pour cela le Prix d'interprétation au dernier Festival de Cannes. Il est étonnant de naturel, d'humanité et d'humour, dans ce film au rythme surprenant: on s'ennuie ferme pendant une heure, et puis dans la seconde partie du film tout explose –l'humour, la beauté artistique, l'intérêt de l'histoire, l'empathie pour le personnage-, comme dans un tableau de Turner dont les couleurs et le flou artistique sautent aux yeux.
Carrioles, paysages campagnards, navires en bord de mer: parfois le chef opérateur du film s'essaye à imiter les tableaux du peintre. Mais c'est le portrait de l'homme et de l'artiste, original et attachant, qu'on retient de ce film. "Parmi les artistes, c'était un géant. Tenace, intransigeant et extraordinairement prolifique. Révolutionnaire dans l'approche de son art, dévoué à sa tâche, un visionnaire", dit de lui Mike Leigh, réalisateur habitué des festivals (8 de ses 11 films sont allés à Cannes, Venise ou Berlin).
"Et pourtant l'homme était excentrique, anarchique, vulnérable, imparfait, fantasque et parfois grossier", ajoute-t-il. "Il savait être égoïste et fourbe, méchant ou généreux. Il était capable de grande passion et avait l'esprit d'un poète". Tout est dit, dans ces quelques mots, sur ce film parfois déconcertant et singulier, mais brillant et fort nourrissant pour l'œil et l'esprit.
Jean-Michel Comte


LA PHRASE
"La peinture est un poème silencieux" (un critique, lors d'un dîner).

MR. TURNER
(Grande-Bretagne, 2h30)
Réalisation: Mike Leigh
Avec Timothy Spall, Paul Jesson, Dorothy Atkinson
(Sortie le 3 décembre 2014)




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