MON CHER ENFANT

Daech au quotidien en Tunisie

Le père croit connaître son fils, jusqu'au jour où celui-ci décide de partir pour la Syrie... (©Bac Films).
Le père croit connaître son fils, jusqu'au jour où celui-ci décide de partir pour la Syrie... (©Bac Films).

C'est la chronique ordinaire d'un adolescent tunisien qui s'en va rejoindre les rangs de Daech: dans MON CHER ENFANT, les parents ne comprennent pas ce qui a poussé leur fils à faire cela.

Riadh, le père, s’apprête à prendre sa retraite de cariste au port de Tunis. Avec sa femme Nazli, enseignante, ils forment un couple de la petite bourgeoisie tunisienne uni autour de Sami, 19 ans, leur fils unique qui s’apprête à passer le bac.

Sami est secret, timide, peu expansif, il se confie rarement à ses parents ou ses amis. Ses migraines répétées inquiètent ses parents. Mais au moment où Riadh pense que son fils va mieux, à deux jours du bac, celui-ci disparaît, avec ses affaires et son ordinateur.

Il a laissé un message disant qu'il part en Syrie. Son père décide alors de partir en Turquie pour retrouver son fils, qui a rejoint les rangs de Daech…

MON CHER ENFANT est le deuxième long métrage du jeune réalisateur tunisien Mohamed Ben Attia, 42 ans, après HEDI, UN VENT DE LIBERTÉ, sacré meilleur premier film au festival de Berlin en 2016.

Il raconte avec pudeur et simplicité, sur un ton intimiste, le quotidien d'un couple de parents qui ne comprend pas la radicalisation islamiste de leur jeune fils, qu'ils n'ont pas vu venir. "J’ai compris très vite que ce qui m’intéressait n’était pas les raisons qui avaient poussé le fils au départ, mais plutôt le point de vue de ceux qui étaient restés, de ses parents qui n’avaient pas vu la chose venir, et d’associer leurs réactions à notre vécu, à notre quotidien", dit-il.

Le spectateur lui-même ne comprend pas pourquoi le fils décide de partir rejoindre les rangs des terroristes islamistes. La faute à la société? "Même pour un adolescent plutôt stable dans sa vie, grandissant dans un cocon familial aimant, dans un environnement sain et tout à fait normal, il y a toujours une pression: les études, la réussite, le travail à trouver, la famille à construire... Et on lui dit que c’est ça le bonheur", explique le réalisateur.

Le film fait froid dans le dos, même si la tonalité générale, tranquille, évite tout mélodrame ou toute envolée socio-politique lourdement démonstrative. Il y a une description de la vie quotidienne tunisienne, un certain suspense dans la seconde partie, et un acteur –Mohamed Dhrif, dans le rôle du père– qui occupe tout l'écran avec justesse, simplicité et humanité.

Et la fin, joliment mélancolique, évite tout jugement de valeur. "Il y a eu pas mal de films sur ce sujet, où les condamnations, un peu trop faciles, réduisaient le sujet à quelque chose de systématique", explique Mohamed Ben Attia. "On accusait la pauvreté, l’endoctrinement religieux, etc. Or, dès qu’on se penche sur la question, on voit bien que les choses sont beaucoup plus complexes et que les profils de ceux qui partent sont tellement différents qu’il est impossible d’en tirer une règle".

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"Nous sommes tes parents. On te comprend et on te soutient" (le père à son fils).

 

MON CHER ENFANT

("Weldi") (Tunisie, 1h44)

Réalisation: Mohamed Ben Attia

Avec Mohamed Dhrif, Imen Cherif, Mouna Mejri

(Sortie le 14 novembre 2018)


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