MOI, OLGA

Rebelle meurtrière dans la Tchécoslovaquie des années 70

Michalina Olszanska, dans le rôle d'Olga (©Arizona Films).
Michalina Olszanska, dans le rôle d'Olga (©Arizona Films).

Ce fut, en 1975, la dernière femme condamnée à mort à avoir été exécutée en Tchécoslovaquie, à l'âge de 24 ans. Olga Hepnarová fait l'objet d'un film de fiction, MOI, OLGA.

Fille d'un employé de banque et d'une dentiste, Olga n'aimait pas sa vie. A 13 ans, elle est internée pendant un an dans un hôpital psychiatrique après une tentative de suicide. Un peu plus tard, elle revient à la maison et quand sa mère lui demande quel cadeau lui ferait plaisir pour son anniversaire, elle répond: "Partir d'ici".

Devenue adulte, elle s'installe seule dans une petite maison mais est régulièrement renvoyée de ses différents emplois. Elle trouve finalement une place dans un garage, comme conductrice de camion. Elle découvre aussi l'homosexualité avec une collègue de bureau. Mais son existence continue de lui peser. En 1973, elle décide d'exécuter sa vengeance contre la société...

"Je suis une solitaire. Une femme détruite. Une femme détruite par la société. J’ai le choix: me tuer, ou tuer les autres. Je choisis de me venger de mes ennemis. Cela serait trop facile de quitter ce monde comme une suicidée anonyme", écrira-t-elle dans une lettre envoyée à différents journaux avant son acte criminel.

Deux jeunes réalisateurs tchèques, Petr Kazda et Tomás Weinreb, racontent cette histoire tragique dans leur premier long métrage, un film d'auteurs et de festivals, tourné en noir et blanc pour mieux rendre l'atmosphère de l'époque et la noirceur du sujet, dans une réalisation épurée, sans artifices. La jeune actrice Michalina Olszanska, à l'allure androgyne, mine renfrognée et cigarette dans la main gauche, peu expressive, incarne le nihilisme et la colère rentrée du personnage.

Le film, présenté dans plusieurs festivals, a eu du mal à voir le jour, son financement n'ayant pas été pas évident en République tchèque où le drame est encore dans certaines mémoires, quatre décennies plus tard. "Le scénario a eu une plus large audience à l’étranger. En République tchèque, le sujet était délicat. Peu de personnes envisageaient que nous puissions filmer un drame cru et existentiel, ils pensaient plutôt que nous voulions défendre une meurtrière en série", explique l'un des deux réalisateurs, Petr Kazda.

Défense de la criminelle, tentative de la comprendre, explication traditionnelle c'est-la-faute-à-la-société? Tomás Weinreb s'en défend: "Nous avons toujours essayé d’être et de pourtant ne pas être avec Olga Hepnarová. Nous avons tenté de trouver un équilibre entre notre vision et les faits que nous connaissions. Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas sur elle. Pour nous, son crime vient de l’irrationnel".

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"Quand je suis seule, je suis heureuse" (Olga, dans une de ses lettres).

 

MOI, OLGA

("Já, Olga Hepnarová") (République tchèque 1h45)

Réalisation: Petr Kazda et Tomás Weinreb

Avec Michalina Olszanska, Martin Pechlát, Klára Melísková

(Sortie le 6 juillet 2016)


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