DIANA

Intouchable

Naomi Watts est Diana, sur le yacht de Dodi al-Fayed, à l'été 1997 (©Le Pacte Distribution)
Naomi Watts est Diana, sur le yacht de Dodi al-Fayed, à l'été 1997 (©Le Pacte Distribution)

La liaison de Lady Diana avec Dodi al-Fayed, mort à ses côtés dans l'accident du 31 août 1997 dans le tunnel du pont de l'Alma, n'était-elle qu'un stratagème pour rendre jaloux son précédent amour, l'amour de sa vie, avec qui elle venait de rompre quelques mois auparavant?
C'est la thèse (contestable) d'Olivier Hirschbiegel, le réalisateur autrichien de DIANA, qui raconte les deux dernières années de la vie de la princesse de Galles, et sa relation amoureuse avec le chirurgien pakistanais Hasnat Khan.
Les fameuses photos de Diana en maillot bleu, rêveuse et mélancolique, assise à l'extrémité du plongeoir du yacht de Dodi, au large de la Sardaigne, quelques jours avant sa mort, prennent dans le film une signification particulière...
Quand Diana rencontre Hasnat Khan, le 1er septembre 1995, dans le Royal Brompton Hospital de Londres où il est chirurgien cardiaque, elle est séparée du prince Charles depuis trois ans mais pas encore divorcée. Elle tombe sous le charme, revient le voir pour qu'il lui fasse visiter l'hôpital, l'invite à dîner chez elle, attend ses coups de téléphone, entame une liaison secrète avec lui.
Elle a 34 ans, il en a 36. Elle le surnomme ''The One''. Elle met une perruque pour sortir avec lui. Elle passe l'aspirateur chez lui. Elle rend visite à sa famille au Pakistan. Elle envisage, dit-on, de se convertir à l'islam ou de vivre à l'étranger avec lui. Et puis tout cela s'achèvera par une rupture nocturne dans un parc londonien...
De cette histoire d'amour où la princesse la plus célèbre du monde se transforme en midinette, les Anglais ne veulent pas. Les critiques et le public outre-Manche ont très mal accueilli le film, ne supportant pas qu'on porte un regard romancé à leur ''intouchable'', interprétée par une actrice australienne dans un film d'un réalisateur autrichien (qui avait déjà imaginé les derniers jours d'une autre célébrité, Adolph Hitler, dans LA CHUTE).
Naomi Watts s'y attendait: ''C’est sans nul doute le plus gros challenge de ma carrière'', dit-elle. Pas seulement à cause des efforts qu'elle a dû faire pour entrer dans la peau du personnage et être le plus ressemblante possible (voix, silhouette, port de tête, démarche, sourire, coiffure, prothèse sur le nez), mais à cause des réactions d'hostilité des Britanniques, auxquelles elle s'attendait.
Remarqué dans la série téle LOST, Naveen Andrews, qui interprète le Dr Khan, donne de son côté au personnage un charme qui renforce la crédibilité de l'histoire. C'est plutôt bien joué, de la part des deux acteurs.
On veut y croire, on veut penser que les éléments romancés reposent, comme l'affirment les producteurs, sur une documentation soignée. Mais il s'est écrit tellement de livres et d'articles sur Lady Diana qu'un film de plus ou de moins ne changera pas la vérité.
Alors, Messieurs les Anglais, pourquoi ne pas adhérer à cette image d'une princesse amoureuse? Dont le rêve d'être une femme comme les autres a été maintes fois brisé –et de nombreuses fois, et bien avant le tunnel de l'Alma.
Jean-Michel Comte

LA PHRASE
''Il y a cinq milliards d'êtres humains qui peuvent dire qu'ils m'aiment. Y en a-t-il un seul pour rester avec moi?'' (Naomi Watts, vers la fin du film).

DIANA
(Grande-Bretagne, 1h48)
Réalisation: Oliver Hirschbiegel
Avec Naomi Watts, Naveen Andrews, Douglas Hodge
(Sortie le 2 octobre 2013)