MÖBIUS

Un monde sans pitié

Jean Dujardin et Cécile de France, deux espions qui s'aiment (©EuropaCorp)
Jean Dujardin et Cécile de France, deux espions qui s'aiment (©EuropaCorp)

Tout le monde le sait, il ne faut pas mélanger l'amour et le travail. Pas de sexe au boulot. No zob in job. Dans MÖBIUS, Jean Dujardin joue un espion qui ignore cette règle fondamentale, et de là vont naître tous ses ennuis...

Le film d'Éric Rochant est donc à la fois un film d'espionnage et une histoire d'amour. D'abord, l'espionnage: Grégory Lioubov, alias Moïse (Jean Dujardin) travaille pour le FSB, les services secrets russes. Il est envoyé en mission à Monaco, avec une équipe, pour surveiller les agissements d'un puissant homme d'affaires russe (Tim Roth), qu'on soupçonne de blanchiment d'argent.

Dans le cadre de cette mission, son équipe recrute Alice (Cécile de France), une surdouée de la finance, une Kerviel au féminin, qui accepte d'approcher le milliardaire (comme conseillère financière) et de l'espionner –mais en croyant travailler pour la Brigade financière, sans savoir que c'est en réalité pour le compte du FSB.

C'est là que le thriller d'espionnage se double d'une histoire d'amour: Moïse tombe sous le charme d'Alice, son agent infiltré qu'il est chargé de surveiller et à qui il se présente comme un écrivain. Ils couchent ensemble, tombent amoureux, se revoient souvent. Faute professionnelle. ''Je sens que je suis en train de merder'', se dit intérieurement Moïse, sans l'avouer aux membres de son équipe: ils ignorent sa liaison avec Alice, et de son côté celle-ci ignore que Moïse a un rapport avec sa mission d'espionnage de l'homme d'affaires russe. Mais les ennuis ne font que commencer, car la CIA s'en mêle et Alice elle aussi est une petite cachotière...

Éric Rochant a connu des fortunes diverses depuis son premier film très acclamé, UN MONDE SANS PITIÉ en 1989, avec Hyppolite Girardot et Mireille Perrier, et parmi ses échecs (critique et commercial) figure LES PATRIOTES, en 1994, avec Yvan Attal et Sandrine Kiberlain, qui mettait en scène des agents du Mossad. Après quatre autres films et une série pour la télévision, MÖBIUS marque son retour au film d'espionnage, avec la même précision dans la mise en scène, le même souci du détail, le même découpage au cordeau du scénario. Mais avec, en supplément, une histoire d'amour. Le réalisateur dit s'être inspiré des ENCHAÎNÉS d'Alfred Hitchcock, avec Cary Grant et Ingrid Bergman: ''Je me suis dit que, finalement, si LES ENCHAÎNÉS appartenait un peu au genre de l'espionnage, c'était avant tout une histoire d'amour''.

Pour cette love story, il a formé un couple inédit: Jean Dujardin, pour son premier film depuis son Oscar pour THE ARTIST, et Cécile de France, qui prend au fil des minutes de plus en plus d'importance dans le film. Tous deux ont un charme qui saute aux yeux et leur première scène d'amour, avec un orgasme à n'en plus finir, est volontairement longue et sensuelle, pour donner au film une nouvelle direction, après les 4x4 noirs des gardes du corps de Tim Roth, les planques des espions russes, les villas luxueuses de Monaco et les dossiers secrets de la finance internationale.

Dès lors, le suspense sera double pour le spectateur: comment va évoluer cette histoire d'amour, comment va finir cette affaire d'espionnage? Les deux sont liées, bien sûr: LES ENCHAÎNÉS aurait été le titre idéal, s'il n'avait pas été déjà pris. Éric Rochant a choisi MÖBIUS, titre dont on aura l'explication en fin de film (mais aussi dans la bande-annonce ci-dessous, un rien spoiler sur ce coup-là, on vous aura prévenu).

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

''T'as des bras concrets. Des bras d'homme, qui tiennent bien. On se sent chez soi''. (Cécile de France à Jean Dujardin, dans ses bras, après l'amour).

 

MÖBIUS

(France, 1h43)

Réalisation: Éric Rochant

Avec Jean Dujardin, Cécile de France, Tim Roth

(Sortie le 27 février 2013)