MANDELA: UN LONG CHEMIN VERS LA LIBERTÉ

Goodbye Madiba

Idis Elba dans le rôle de Nelson Mandela (©Keith Bernstein/Pathé Distribution)
Idis Elba dans le rôle de Nelson Mandela (©Keith Bernstein/Pathé Distribution)

Ce fut sa dernière élégance, bien involontaire. Nelson Mandela est mort le 5 décembre, le jour de l'avant-première, à Londres, du biopic tiré de son autobiographie, MANDELA, UN LONG CHEMIN VERS LA LIBERTÉ. Le film sort ce mercredi 18 sur les écrans français.
C'est effectivement un ''long chemin'': le film dure deux heures et demie. Mais comment faire plus court, comment raconter la vie de cet homme légendaire, emprisonné pendant 27 ans, libéré en 1990, élu président en 1994?
C'est le producteur sud-africain d'origine indienne Anant Singh qui s'est attaqué au projet, à la fin du siècle dernier. Il a rencontré pour la première fois Nelson Mandela en mars 1990, et celui-ci lui a ensuite confié le soin d'adapter au cinéma son autobiographie, parue en 1995: ''C'est une histoire qui concerne l'Afrique du Sud et je veux que ce soit toi qui la racontes''.
Pendant 16 ans, lui et son scénariste William Nicholson (scénariste notamment de GLADIATOR) ont travaillé sur ce projet, réécrivant 34 versions différentes du scénario et cherchant des financements.
Puis, quand le moment a été venu, il a fallu trouver un réalisateur. Ce fut le Britannique Justin Chadwick, réalisateur notamment de DEUX SOEURS POUR UN ROI en 2008, avec Natalie Portman, Scarlett Johansson, Eric Bana.
Enfin, les acteurs. Mandela est interprété par Idris Elba, qu'on a vu capitaine du vaisseau de PROMETHEUS et flic dans la série télé LUTHER actuellement sur Canal+.
Pour Winnie Mandela, c'est l'actrice Naomie Harris qui a été choisie. On l'a vue notamment dans MIAMI VICE, DEUX FLICS À MIAMI, dans deux PIRATES DES CARAÏBES et récemment dans SKYFALL.
Tous deux en font parfois un peu trop, emportés par l'ampleur du rôle à jouer. De même, le réalisateur a du mal à résumer un parcours politique et une vie aussi riches en événements et en symboles.
Pour éviter de faire une hagiographie politique qui aurait été lassante et lourde pour le spectateur, l'accent est mis sur la vie personnelle de Mandela, son caractère, sa famille, ses conquêtes féminines. ''Mon instinct m'a dicté de focaliser l'histoire sur l'humain'', reconnaît le réalisateur. ''Ses filles et ses proches ont tous mis l'accent sur un point: «Racontez l'histoire de l'homme, de l'être humain»''.
Alors, un Mandela trop people, pas assez politique? Non, en deux heures et demie, on a largement sa dose d'histoire de l'Afrique du Sud, de 1951 quand Mandela est le premier avocat noir de Johannesburg à 1994 quand il devient le premier président noir de son pays.
Les premières actions de l'ANC et le boycottage des bus, Mandela en avocat de talent et brillant tribun, sa première femme qui le quitte, sa rencontre avec Winnie et leur mariage, les émeutes sanglantes de Sharpeville en 1960, le passage de la non-violence à la lutte armée, son arrestation, son procès, ses années d'emprisonnement à Robben Island puis Pollsmor, Winnie qui continue le combat, les campagnes en Occident pour sa libération, les négociations secrètes avec le gouvernement du président De Klerk, la libération, les violences dans les townships, la séparation avec Winnie, le Prix Nobel, les élections, la présidence, la réconciliation et le pardon, les difficultés politiques et les dernières années de Mandela après son retrait du pouvoir en 1999: c'est une fresque, une épopée, une vie. Celle d'un homme libre.
Jean-Michel Comte

LA PHRASE
''Les hommes apprennent à haïr. On peut leur apprendre à aimer. Car l'amour vient naturellement au coeur de l'homme'' (Mandela, en fin de film).

MANDELA: UN LONG CHEMIN VERS LA LIBERTÉ
(''Mandela: Long Walk to Freedom'') (Grande-Bretagne/Afrique du Sud, 2h26)
Réalisation: Justin Chadwick
Avec Idris Elba, Naomie Harris, Tony Kgoroge
(Sortie le 18 décembre 2013)