LOLO

Pari perdu pour Julie Delpy

Beau casting mais film raté pour Julie Delpy (©Mars Distribution)
Beau casting mais film raté pour Julie Delpy (©Mars Distribution)

Avant LOLO, il y avait eu TWO DAYS IN PARIS et TWO DAYS IN NEW YORK, deux comédies réjouissantes sur un couple de bobos new-yorkais et parisien, avec des situations rocambolesques, des dialogues savoureux à la Woody Allen et un vrai talent pour pointer du doigt les clichés sociaux et amoureux américains et français. 

Alors quand la réalisatrice Julie Delpy a décidé d’appliquer sa recette aux stéréotypes franchouillards du beauf et de la branchée, au fossé des genres entre Paris et province, le défi s’annonçait plus que prometteur. Mais voilà, pari perdu: sa dernière comédie romantique, LOLO, est loin, très loin d’être à la hauteur de ses productions américaines. Pire, en voulant renouveler le genre de la comédie populaire française, elle en cumule les fautes de goût ad nauseum. 

En thalassothérapie à Biarritz avec sa meilleure amie Ariane (Karin Viard) pour "bouger la graisse" et "raffermir (leurs) chairs" de femmes de 45 ans, Violette (Julie Delpy) rencontre Jean-René (Dany Boon), un modeste informaticien fraîchement divorcé. 

Quadragénaire parisienne et branchée, travaillant dans le monde de la mode, elle trouve ce provincial maladroit et benêt très peu à son goût. Mais après des années de solitude, poussée par Ariane, elle se laisse séduire par l’homme, histoire de faire "un petit ramonage pour les toiles d’araignée"…

Ce petit égarement provincial pouvait en rester là, mais Jean-René est muté à Paris où il la rejoint, les yeux plein d’étoiles devant la Tour Eiffel et sa nouvelle amoureuse. Touchée par la tendresse et la simplicité de cet amant imprévu, Violette se laisse faire heureuse… 

Mais c’est sans compter sur la présence de son fils adoré, Eloi, dit Lolo (Vincent Lacoste), la vingtaine indolente et insolente, artiste en herbe doté d’un ego à toute épreuve et bien décidé à sauver sa maman chérie des bras de ce "plouc", quitte à employer les moyens les plus sournois…

Partant d’un pitch plaisant, LOLO réunissait tous les ingrédients pour une comédie savoureuse sur les fossés sociaux-culturels dans le couple, mâtiné d’une réflexion mutine sur le complexe d’Oedipe des femmes divorcées et de leurs enfants devenus grands. Mais alors qu’elle avait su saisir avec finesse les différences sociales et amoureuses entre Américains et Français pour s’en moquer avec délice, Julie Delpy ne parvient pas à transformer l’essai cette fois. 

Après un début enlevé et joyeux, LOLO s’épuise très vite -dès la première demi-heure- pour ne devenir qu’une succession de stéréotypes éculés et de gags de plus en plus lourds, dignes des pires productions populaires françaises. Malgré quelques éclairs de fraîcheur, distillés grâce à Dany Boon et surtout aux brèves apparitions de Karin Viard, le film ennuie et tombe rapidement dans une mécanique comique poussive. L’hystérique Violette, le crétin Jean-René et l’insupportable Lolo en font des tonnes mais ne parviennent qu’à former un trio artificiel, sans éveiller la moindre tendresse ou empathie chez leurs spectateurs. 

Criarde, pleurnicharde et pleine d’hormones, le personnage de Violette agace prodigieusement. Quant à Lolo, présenté comme un chérubin diabolique sans une once de sentiment, égocentrique et unidimensionnel, il ne brille que par la couleur de ses slips, jamais crédible tant ses actions sont dignes d’un dessin animé grotesque. Enfin toute tentative d’illustrer le fossé entre les "bourges", les "bobos" et les "beaufs" échoue par l’absence de subtilité des situations. 

Avec ses dialogues téléphonés et son mise en scène sans rythme, LOLO est sans doute l’un des films les moins réussis de Julie Delpy. Reste à espérer que cette expérience sans charme, aux frontières du vulgaire, n’est qu’une erreur de parcours dans la carrière de la cinéaste. 

Karine G. Barzegar

 

LA PHRASE

"Ma grand mère disait: plus ils sont cons, mieux ils baisent" (Karin Viard).

 

LOLO

(France, 1h40) 

Réalisation: Julie Delpy 

Avec Julie Delpy, Dany Boon, Vincent Lacoste

(Sortie le 28 octobre 2015)