LES MOISSONNEURS

Frères ennemis afrikaners

Pieter (Alex van Dyk, à gauche) et Janno (Brent Vermeulen), deux ados rivaux au sein d'une même famille (©Pyramide Films).
Pieter (Alex van Dyk, à gauche) et Janno (Brent Vermeulen), deux ados rivaux au sein d'une même famille (©Pyramide Films).

Dans la communauté blanche sud-africaine, un adolescent membre d'une famille de fermiers chrétiens voit arriver un frère adoptif différent de lui: c'est le point de départ du film LES MOISSONNEURS.

Janno, qui a une quinzaine d'années, est le fils aîné d'une famille de quatre enfants, avec trois petites sœurs dont la dernière a 2 ans. Il se lève tous les jours à 5h du matin pour aider son père aux travaux de la ferme: troupeau de bétail, champs de maïs, élevage de volailles.

La famille, qui habite une grande maison en pleine campagne sud-africaine, est chrétienne très pratiquante. On va régulièrement à la messe, on prie très souvent et on invoque sans arrêt la Parole du Seigneur. Surtout la mère de famille, qui décide un jour d'accueillir au sein du foyer le jeune Pieter, un adolescent orphelin, SDF et toxicomane.

Au début, le jeune homme a du mal à intégrer sa famille d'accueil: il mange avec ses doigts, il est peu bavard, on lui rase le crâne, il a des crises de violence, des cauchemars et des vomissements en pleine nuit car il est en manque, il fume et chante avec les ouvriers noirs des moissons.

Mais la mère dit à son fils Janno d'accueillir Pieter et de lui ouvrir son cœur pour le conduire sur le droit chemin. Lui-même de caractère secret, voire impulsif, sous des dehors calmes et polis, Janno fait son possible pour établir de bonnes relations avec son frère adoptif. Mais la jalousie, la rivalité, la différence menacent cette relation fragile…

LES MOISSONNEURS est le premier long-métrage d'un réalisateur sud-africain d'origine grecque, Etienne Kallos, qui a situé son histoire au sein de la communauté afrikaner. Les Afrikaners, descendants des premiers colons néerlandais qui se sont installés en Afrique du Sud aux XVIIe et au XVIIIe siècles, qui ont leur propre langue (dérivée du néerlandais), qui ont instauré et soutenu le régime d'apartheid en Afrique du Sud, sont minoritaires et aujourd'hui socialement marginalisés dans le pays. Presque en voie de disparition: "le fermier est une espèce en danger", dit la mère de famille, à un moment dans le film.

"Comment vivre avec le poids du colonialisme, et même du post-colonialisme, alors qu’il faut faire aujourd’hui de l’Afrique du Sud un pays sain et paisible? Doit-on brûler tout ce qu’ont incarné les générations précédentes pour devenir africain? C’est mon expérience aussi, celle d’un Africain d’origine européenne", explique le réalisateur. Il insiste aussi sur le caractère très religieux de la famille qu'il décrit, notamment la mère, sans que l'on sache vraiment si c'est une critique acerbe de la religion ou un simple regard objectif sans malveillance.

Le film, sobre et intimiste –où il n'est jamais question de l'apartheid, de ses conséquences et de ses traces sur les relations entre Blancs et Noirs–, est aussi l'occasion, au-delà de l'histoire des deux frères ennemis moissonneurs-batteurs, de voir des paysages de la campagne sud-africaine que l'on connaît peu: partout des champs de maïs, des fermes et des églises, des grands espaces, une nature sauvage et aride. Et une société afrikaner qui tente de garder une place dans l'Afrique du Sud d'aujourd'hui, en s'adaptant tout en essayant de garder ses traditions, sa religion, sa vision du monde.

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"Si Dieu est amour, alors Il n'existe pas. Parce qu'Il ne m'aime pas" (Pieter).

 

LES MOISSONNEURS

("Die Stropers") (Afrique du Sud, 1h44)

Réalisation: Etienne Kallos

Avec Brent Vermeulen, Alex van Dyk, Juliana Venter

(Sortie le 20 février 2019)


Lire cet article et d'autres papiers cinéma, ainsi que toute l'actualité en temps réel, sur FranceSoir.fr