LE MEILLEUR RESTE À VENIR

Et le pire, aussi

Fabrice Luchini et Patrick Bruel interprètent deux amis d'enfance frappés par une terrible nouvelle et qui vont essayer de rattraper le temps perdu (©Pathé Films).
Fabrice Luchini et Patrick Bruel interprètent deux amis d'enfance frappés par une terrible nouvelle et qui vont essayer de rattraper le temps perdu (©Pathé Films).

Il y avait de quoi se réjouir de les voir à nouveau réunis, 33 ans après le film P.R.O.F.S. Mais la déception est grande et le titre du film est trompeur: dans LE MEILLEUR RESTE À VENIR, Patrick Bruel et Fabrice Luchini tentent en vain de rendre crédible une histoire invraisemblable.

Le scénario part en effet d'une idée un peu tordue. Arthur (Fabrice Luchini) et César (Patrick Bruel) sont deux amis d'enfance que tout oppose: le premier est sérieux, maniaque, divorcé, père de famille, ne boit pas et n'a jamais pris l'avion, le second est fantasque, ruiné, célibataire, coureur de jupons et insouciant.

Quand César fait une chute sans gravité, Arthur l'accompagne faire une radio mais donne son nom et sa carte vitale, car César a égaré la sienne. Le lendemain, le médecin convoque Arthur pour lui annoncer que la radio a révélé un cancer grave: chimio et opération sont inutiles, il n'a plus que 6 mois à vivre.

Arthur n'ose pas dire au médecin que la radio est celle de son ami. Il n'ose pas non plus révéler à celui-ci la vérité. Il n'ose pas le dire à son ex-femme, dont il est séparé depuis 5 ans. Bref, il n'ose dire la vérité à personne.

Pire, quand il arrive à parler à César, sans faire allusion à la radio, celui-ci comprend que c'est son ami Arthur qui est gravement malade. Et celui-ci ne le contredit pas. César va alors tout faire pour l'accompagner dans les derniers mois qui restent à vivre: rattraper le temps perdu, vivre à 100 à l'heure, faire ce qu'ils ont toujours rêvé de faire, retourner sur les lieux de leur enfance…

Mentir pour la bonne cause, au nom d'une amitié plus forte que tout: l'intention de départ était bonne. "C’est un film sur la parole. Qu’est-ce qu’on dit? Qu’est-ce qu’on ne dit pas? Comment protéger ceux qu’on aime? Par la vérité ou par le mensonge?", explique Matthieu Delaporte, l'un des deux coréalisateurs du film avec Alexandre de La Patellière. C'est leur deuxième film ensemble, après LE PRÉNOM, tiré de leur pièce de théâtre et qui avait connu un beau succès en 2012 (près de 3,3 millions de spectateurs).

Mais ici les ficelles sont trop grosses et les invraisemblances s'accumulent (un faux mail d'Arthur pour prendre des jours de congés, une musulmane qui porte le voile pour cacher son cancer, un voyage en Inde pour consulter un médecin guérisseur, César qui revoit son père ignoré depuis 20 ans, etc.), pour faire avancer l'histoire, qui s'installe dans un quiproquo permanent que même le théâtre de boulevard trouverait outré.

Du coup, Bruel et Luchini cabotinent et en font des tonnes pour donner un peu d'épaisseur à leurs personnages et tenter d'illustrer cette amitié entre deux potes d'enfance, leur complicité, leur volonté d'aider l'autre. On voudrait y croire ("Il y a dans l'amitié ce qui manque à l'amour: la certitude", dit joliment Bruel), mais on a du mal, malgré le talent des deux acteurs.

À ce double numéro d'esbroufe s'ajoute un mélange d'humour et d'émotion mal dosé: les dialogues censés être drôles tombent souvent à plat, et les moments larmoyants à propos du cancer et d'autres malades sont soulignés de lourde gravité et de musique sirupeuse. Dans le genre, Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière n'ont pas le talent du duo Eric Toledano/Olivier Nakache, virtuoses de l'alternance rire/larmes et de la légèreté côtoyant des sujets sérieux, notamment dans leur récent dernier film HORS NORMES.

Dans certains films policiers, l'innocent n'ose pas faire ce que tout spectateur ferait à sa place: tout raconter à la police et, du coup, tout le monde –sauf le spectateur– le croit coupable, pour les besoins du scénario. Ici Arthur n'ose pas faire ce que tout spectateur ferait à sa place: dire la vérité et, du coup, tout le monde –sauf le spectateur– pense que c'est lui qui va mourir, pour les besoins du scénario. La belle amitié que tentent d'illustrer Patrick Bruel et Fabrice Luchini, vrai sujet du film, peut avoir des aspects touchants, mais à condition d'accepter cette invraisemblance de l'idée de départ et le maintien du quiproquo pendant tout le film: c'est un peu trop demander au spectateur, peut-être.

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"On ne va pas en faire toute une affaire, Dreyfus" (le chef de service de Fabrice Luchini, qui interprète le personnage d'Arthur Dreyfus).

 

LE MEILLEUR RESTE À VENIR

(France, 1h57)

Réalisation: Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière

Avec Fabrice Luchini, Patrick Bruel, Zineb Triki

(Sortie le 4 décembre 2019)


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