LE DERNIER VICE-ROI DES INDES

Roméo et Juliette à l'indienne

Il est hindou, elle est musulmane, ils s'aiment dans l'Inde de 1947... (©Pathé Distribution).
Il est hindou, elle est musulmane, ils s'aiment dans l'Inde de 1947... (©Pathé Distribution).

Le 15 août prochain, l'Inde fêtera le 70e anniversaire de son indépendance. Le film britannique LE DERNIER VICE-ROI DES INDES raconte cette période troublée de 1947 en y intégrant une love story, petite histoire dans la grande, sorte de Roméo et Juliette à l'indienne.

Mars 1947. Après 300 ans de domination anglaise, le Palais du vice-roi à Delhi ouvre ses portes une dernière fois pour accueillir en grande pompe Lord Mountbatten et sa famille. Arrière-petit-fils de la reine Victoria et nommé dernier vice-roi des Indes, Lord Mountbatten a pour mission de préparer le pays à l'indépendance. Sa Femme Edwina l'aide et fait de son mieux pour aider la population, dont une grande partie est illettrée et parmi laquelle la moitié des enfants meurent avant l'âge de cinq ans.

Mountbatten engage de difficiles négociations, sur fond de violents conflits religieux entre la majorité hindoue et sikh, représentée par le Mahatma Gandhi et le Pandit Nehru, et la minorité musulmane, conduite par Mohammed Ali Jinnah, chef de la Ligue musulmane. Le dernier vice-roi n'aura comme solution que d'accepter la partition du pays et la création du Pakistan, réclamée par les musulmans et qui conduira à des drames et des combats.

Au milieu de cette agitation, un couple de jeunes gens se revoient pour la première fois depuis deux ans. Tous deux travaillent au Palais. Lui, Jeet, est le valet hindou de Mountbatten. Elle, Aalia, est l'interprète musulmane de la fille de Mountbatten.

Ils sont jeunes et beaux, ils s'aiment. Mais elle se refuse à lui car elle est promise à un autre musulman, vœu de sa mère défunte. Et les affrontements qui s'amplifient entre les deux communautés ne vont pas faciliter leur rapprochement…

C'est la réalisatrice indienne Gurinder Chadha, née à Nairobi en 1960 et qui a grandi à Londres, qui a décidé de donner sa version de cette partition de l'Inde en 1947. Jusqu'à présent elle s'était fait connaître par des comédies romantiques comme JOUE-LA COMME BECKHAM en 2002 et COUP DE FOUDRE À BOLLYWOOD en 2004, mais elle s'est plongée dans cette époque qu'ont vécue ses grands-parents, dressant, dit-elle, "le portrait d’un Mountbatten qui n’est pas l’artisan machiavélique de la Partition, mais un homme pris en étau malgré lui dans une vaste machination politique" téléguidée depuis Londres. "J’ai le sentiment que la lecture que je propose est juste. Quoi qu’il en soit, ce qui s’est passé en 1947 fait l’objet d’études depuis 70 ans et ma lecture n’est ni la première, ni la dernière. Mais tout au moins, elle provoquera le débat!"

Lord Mountbatten, grand-oncle du prince Charles, assassiné par l'IRA en 1979, a donc plutôt le beau rôle dans le film (servi par le physique bonhomme du comédien anglais Hugh Bonneville), tout comme sa femme Edwina, aux préoccupations humanistes et sociales (elle est incarnée par Gillian Anderson, l'ex-agent Dana Scully de la série télé X-FILES des années 90).

Pour les spectateurs –notamment français–, c'est un peu La partition de l'Inde pour les Nuls, avec un souci pédagogique qui n'évite pas les simplifications mais qui a le mérite de faire défiler les personnages historiques de l'époque (Mountbatten, Gandhi, Nehru, Jinnah) et d'expliquer ces événements qui ont provoqué l’un des plus grands déplacements de population de l’Histoire (14 millions de personnes déplacées, dont un million sont mortes) et entraîné la première des guerres entre l'Inde et le Pakistan dès 1947 avec comme enjeu la région du Cachemire.

Mais la réalisatrice a voulu faire un film grand public et y a habilement intégré une histoire d'amour: "Je voulais que le message de réconciliation s’adresse aux Pakistanais, aux Indiens et aux Anglais –et je souhaitais toucher aussi bien l’esprit que le coeur du spectateur", explique-t-elle. "Pour faire un film purement politique, j’aurais tout aussi bien pu réaliser un documentaire. Mais pour toucher un plus large public, il fallait que je tourne un film qui divertisse et qui soit pédagogique. C’est pour cette raison que j’ai décidé de mêler les événements politiques à une histoire d’amour –après tout, même quand le monde est en plein chaos, la vie continue. L’être humain a une grande résilience face à la souffrance, mais il a aussi une formidable capacité à aimer!"

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"L'Histoire est écrite par les vainqueurs" (première phrase du film, en exergue).

 

LE DERNIER VICE-ROI DES INDES

("Viceroy's House") (Grande-Bretagne, 1h47)

Réalisation: Gurinder Chadha

Avec Hugh Bonneville, Gillian Anderson, Manish Dayal

(Sortie le 5 juillet 2017)


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