LA PLANÈTE DES SINGES: L'AFFRONTEMENT

Et maintenant, ils parlent

César est un pacifiste et un démocrate. Mais là, il est en colère (©20th Century Fox)
César est un pacifiste et un démocrate. Mais là, il est en colère (©20th Century Fox)

Il ne leur manquait que la parole. La lacune est comblée: maintenant, ils parlent.
Dans LA PLANÈTE DES SINGES: L'AFFRONTEMENT, nos amis les chimpanzés prouvent qu'ils vont bientôt dominer les hommes, en adoptant notamment leur langage. L'amitié entre nos deux grands peuples est en danger...
Le film est la suite de LA PLANÈTE DES SINGES: LES ORIGINES qui, il y a trois ans, racontait le début de l'histoire de cette saga née de l'imagination de l'écrivain français Pierre Boulle au début des années 60 et portée à l'écran en 1968 par Franklin J. Schaffner.
Dans le tout premier LA PLANÈTE DES SINGES, Charlton Heston et l'équipage de son vaisseau spatial, perdus dans l'espace-temps, atterrissaient en 3978 sur une planète hostile contrôlée par des singes. Avant de découvrir, à la fin du film, que cette planète était la Terre.
Devant le succès, quatre suites furent tournées de 1970 à 1973 (LE SECRET..., LES EVADÉS..., LA CONQUÊTE... et LA BATAILLE DE LA PLANÈTE DES SINGES), puis en 1974 une série télévisée qui s'arrêta au bout de 14 épisodes, et enfin un remake de Tim Burton avec Mark Dahlberg en 2001.
Il y a trois ans, le réalisateur Rupert Wyatt a réalisé une ''préquelle'' qui, comme son nom l'indique, racontait les origines de l'histoire: LA PLANÈTE DES SINGES: LES ORIGINES, dont l'action était située non pas en 3978 mais de nos jours.
Dans un laboratoire, des scientifiques y découvraient un traitement pour vaincre la maladie d'Alzheimer et s'apercevaient qu'il augmentait l'intelligence et l'activité cérébrale. César, un bébé chimpanzé élevé chez un chercheur, était le premier à en bénéficier –avant de se révolter, trahi par les humains, et d'entraîner avec lui ses congénères...
Dix ans ont passé, depuis, quand commence LA PLANÈTE DES SINGES: L'AFFRONTEMENT. Un virus, la grippe simienne, a décimé la plus grande partie de l'humanité. C'est carrément la fin du monde. Quelques colonies d'êtres humains survivent, ça et là, isolées sur la planète, dont une à San Francisco.
De leur côté les singes, tranquilles, se sont installés à Muir Wood, une forêt non loin de la ville, et n'ont plus de contacts avec les rares hommes survivants. Ils sont 2.000 environ, dirigés par César, qui a vieilli, est père de famille, et a organisé une sorte de démocratie des primates.
C'est le chef mais il consulte les autres, il est plutôt sympa, il joue les despotes éclairés. Les singes ont appris le langage des signes. Et peu à peu, l'alphabet des humains. Ils se mettent même à articuler entre eux quelques mots: ''Maison'', ''Famille'', ''Avenir''...
Mais un jour, pour la première fois en deux ans, un groupe d'humains, membres de la colonie de rescapés de San Francisco, entre en contact avec un groupe de singes, dans la forêt de Muir Wood. Les humains sont armés. Le contact est musclé.
C'est la guerre? Non, pas tout de suite. Du côté des humains, il y a les méchants et les gentils, les belliqueux et les pacifistes, ceux qui ont des fusils et ceux qui lisent des livres.
Et de l'autre côté aussi. Les singes sont des hommes comme les autres: il y a les bons et les mauvais. César, qui a appris la sagesse, ne veut pas d'affrontement avec les humains. Il exhorte ses congénères à ne pas répondre aux provocations. Si les académiciens norvégiens n'étaient pas morts dans la grippe simienne, ils pourraient lui décerner le Prix Nobel de la paix....
Mais au sein de sa communauté, c'est comme à l'UMP: il a des rivaux jaloux et va-t-en-guerre qui veulent prendre sa place. Koba, oeil blessé et visage balafré, un bonobo victime dans sa jeunesse d'expériences de laboratoire chez les humains, va mener la révolte –contre César et contre les humains. L'affrontement est inévitable...
''Dans LES ORIGINES, les singes ne prononçaient que quelques mots. Ici, nous les montrons à l'aube de leur société, et en train d'apprendre réellement à parler. (...) Il s'agit de la société simienne qui finira par conduire à celle exposée dans le film de 1968 LA PLANÈTE DES SINGES réalisé par Franklin J. Schaffner, avec Charlton Heston, dotée d'un gouvernement organisé, d'une armée et de connaissances scientifiques'',  explique le réalisateur Matt Reeves.
C'est donc la grande différence avec le film de 2011: les singes commencent à parler. On sait que c'est impossible, les chimpanzés sont comme les bébés humains de trois mois, incapables d'aligner autre chose que des cris, des bruits gutturaux ou des borborygmes, mais c'est ainsi: dans le film, les singes parlent.
Pas trop, quand même, comme l'explique l'un des coscénaristes, Mark Bomback: ''A la fin de LA PLANÈTE DES SINGES: LES ORIGINES, on éprouve un choc lorsque César prononce une phrase complète. Dans L'AFFRONTEMENT, nous explorons comment ils ont progressé dans le langage. Nous avons beaucoup réfléchi et discuté de ce point, parce que la tentation était grande de leur écrire des pages et des pages de dialogues. Mais il fallait rester plausible: cela ne fait que dix ans que les événements des ORIGINES ont eu lieu''.
Le fait d'entendre les singes parler enlève un peu au film de son côté mystère et science-fiction. L'anthropomorphisme est poussé à l'extrême, les singes ont des sentiments comme vous et moi (surtout vous), ils montent à cheval et se comportent souvent comme des humains.
Il y a de l’action, du rythme et du suspense, mais le scénario du film ne comporte pas vraiment de surprise, il est très prévisible, on a presque l'impression qu'il a été écrit par un singe en attendant la suite de l'histoire –c'est la faiblesse principale de ce PLANÈTE DES SINGES-2.
Côté positif, le réalisme est encore plus impressionnant qu'il y a trois ans. Tourné en 3D, le film bénéficie, comme le premier, de la technologie de la ''performance capture'': les singes ne sont pas des mannequins ou de vrais singes dressés, ils sont joués par de vrais acteurs, que l'ordinateur transforme ensuite en singes.
Au moment du tournage, leurs visages, leurs mains et leur corps recouverts d'une combinaison moulante sont couverts d'une vingtaine de capteurs qui enregistrent leurs expressions et leurs mouvements, restituées ensuite par ordinateur sur des visages et des corps de singes, avec un réalisme saisissant.
Les progrès, depuis trois ans, ont permis que le film soit tourné à 85% en extérieur, dans les forêts de Vancouver et à La Nouvelle Orléans, alors que le premier avait été réalisé en grande partie en studio.
Dans cette technique de ''performance capture'', le maître incontesté est l'acteur britannique Andy Serkis, qui reprend le rôle de César. Comédien de théâtre au début de sa carrière, c'est sans doute l'acteur de cinéma le plus modeste de sa génération, puisque son visage est peu connu du grand public malgré les centaines de millions de spectateurs qui ont vu les films dans lesquels il a joué: avant LA PLANÈTE DES SINGES, LES ORIGINES, il a été KING KONG dans le remake de Peter Jackson en 2005, a joué le rôle de Gollum dans la trilogie du SEIGNEUR DES ANNEAUX (2001, 2002, 2003) et LE HOBBIT: UN VOYAGE INATTENDU (2012) du même Peter Jackson, et a pris les traits du capitaine Haddock dans LES AVENTURES DE TINTIN: LE SECRET DE LA LICORNE (2011) de Steven Spielberg.
Malins comme des singes, les producteurs ont savamment distillé sur Internet des vidéos complémentaires au film: des courts métrages expliquant l'évolution de l'épidémie simienne dans les dix ans entre les deux histoires (trois mini-films à voir ici), ou des explications sur la technique de la ''performance capture'' (à visionnier ici, si vous ne craignez pas de rompre le charme du cinéma en découvrant les coulisses du tournage).
Le premier film de cette nouvelle série, il y a trois ans, avait réalisé 483 millions de dollars de recettes dans le monde. Le n°2 est parti sur les mêmes bases puisqu'il est en tête du box-office américain depuis sa sortie aux Etats-Unis le 11 juillet, avec déjà plus de 140 millions de dollars.
On ne vous raconte pas la fin du film, mais il y aura bien sûr un n°3, dont la sortie est prévue en juillet 2016. Il sera réalisé à nouveau par Matt Reeves, révélé notamment par les films d’épouvante et de science-fiction CLOVERFIELD (2008) et LAISSE-MOI ENTRER (2010), aux budgets bien plus modestes.
Le scénario de ce n°3 n'est pas encore connu, mais il y a fort à parier que les singes vont nous saouler de paroles. Et d'actions hostiles. L'amitié entre nos deux grands peuples est en danger, c'est sûr...
Jean-Michel Comte

LA PHRASE
''J'ai toujours cru que les singes étaient meilleurs que les humains. Maintenant je sais à quel point nous leur ressemblons'' (César, constatant qu'il y a des va-t-en-guerre au sein de sa communauté).

LA PLANÈTE DES SINGES: L'AFFRONTEMENT
(''Dawn of the Planet of the Apes'') (États-Unis, 2h11)
Réalisation: Matt Reeves
Avec Andy Serkis, Jason Clarke, Gary Oldman
(Sortie le 30 juillet 2014)

>>> Retrouvez cet article et d'autres dans le n°70 de FranceSoir l'e-mag, disponible sur iPad: http://bit.ly/ZoL5gc et www.francesoir.fr

(©FranceSoir l'e-mag
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