LA BELLE ET LA BELLE

Sandrine Kiberlain, retour vers le futur

Deux actrices, la même femme, hier et aujourd'hui: Sandrine Kiberlain (à gauche) et Agathe Bonitzer (©Claire Nicol/Christmas In July/Memento Films).
Deux actrices, la même femme, hier et aujourd'hui: Sandrine Kiberlain (à gauche) et Agathe Bonitzer (©Claire Nicol/Christmas In July/Memento Films).

Le synopsis du film est alléchant: "Margaux, 20 ans, fait la connaissance de Margaux, 45 ans: tout les unit, il s’avère qu’elles ne forment qu’une seule et même personne, à deux âges différents de leur vie…". Sandrine Kiberlain fait un retour en arrière et revit sa jeunesse dans LA BELLE ET LA BELLE.

Elle interprète donc la première Margaux, 45 ans, prof d'histoire-géo à Lyon et célibataire. Elle est en année sabbatique et cherche à donner à sa vie un second souffle. Au début du film, elle se rend à Paris en TGV pour assister à l'enterrement d'une amie de fac qu'elle n'avait pas revue depuis longtemps.

L'autre Margaux, 20 ans, interprétée par Agathe Bonitzer, est étudiante à Paris et, pour arrondir ses fins de mois, est vendeuse dans un magasin de vêtements chics. Kleptomane à ses heures, c'est une jeune fille moderne et sans complexe, au caractère fort, qui a deux petits amis réguliers mais multiplie les autres amants y compris son directeur de mémoire ("Je couche toujours le premier soir", dit-elle, et sans préservatif). Elle aussi éprouve un désir de changer de vie.

Les deux femmes se retrouvent dans une fête de jeunes, devant le miroir des toilettes. Margaux-45 ans comprend que Margaux-20 ans n'est autre qu'elle-même 25 ans plus tôt. En fin de soirée elle lui prédit son avenir immédiat, ce qui intrigue la jeune fille. Coïncidence –mais en est-ce vraiment une?–, toutes les deux se retrouvent le lendemain dans le même train pour Lyon. Dans le train, Margaux-45 ans retrouve son ex (Melvil Poupaud), avec qui elle a vécu pendant neuf ans et qui va séduire Margaux-20 ans…

Cette comédie fantastique est le sixième long métrage de Sophie Fillières, qui retrouve ici Sandrine Kiberlain qu'elle avait fait débuter au cinéma dans son court-métrage de fin d'études il y a …26 ans, et qui a confié l'autre rôle principal à sa fille, Agathe Bonitzer. Au duo s'ajoute un Melvil Poupaud très à l'aise entre deux âges, qui va de l'une à l'autre avec charme et sérénité.

L'idée de départ du film relève du genre fantastique, mais l'histoire est racontée de manière réaliste, les personnages vivent leur vie comme si de rien n'était et le scénario ne donne naissance à aucun quiproquo ou rebondissement drôle ou dramatique. "Je voulais filmer mes personnages dans le réel de leur vie tout en poussant mon travail vers plus de fiction", dit la réalisatrice. "J’avais envie d’avancer d’un cran. J’ai toujours fait un cinéma qu’on peut appeler décalé, mais c’était surtout au niveau du ton que le décalage s’opérait. Là, j’ai eu envie d’aller plus loin, de mélanger réalité et fantastique et aussi de retrouver une forme d’amusement au sens fort du terme".

Sur un ton léger mais parfois mélancolique, en évoquant un peu amèrement le temps qui passe, le film explore "la connaissance de soi, la rencontre avec soi-même au sens littéral: une jeune femme fait la rencontre, en chair et en os, de la femme qu’elle est devenue. Une sorte de portrait dédoublé", ajoute Sophie Fillières. Car le film n'en rajoute pas sur les situations comiques que pourrait provoquer ce décalage spatio-temporel: "C’est par une certaine forme de comédie, ou plus exactement par l’entremise d’une forme de légèreté que je voulais traiter cette histoire qui est au fond assez grave, et poignante. Savoir qui l’on est, s’accepter soi-même, littéralement ici, est une affaire assez sérieuse! Et un peu bouleversante".

Mais il y a aussi des dialogues drôles, une Sandrine Kiberlain épatante (superbe de légèreté maîtrisée quand elle explique à Agathe Bonitzer comment se décontracter dans une cabine de téléski) et de jolies scènes poétiques –comme ce petit mot de Melvil Poupaud écrit à l'envers pour que Sandrine Kiberlain, à son réveil, puisse le lire dans le miroir.

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"Je couche toujours la première fois" (Agathe Bonitzer).

 

LA BELLE ET LA BELLE

(France, 1h35)

Réalisation: Sophie Fillières

Avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud

(Sortie le 14 mars 2018)


Lire cet article et d'autres papiers cinéma, ainsi que toute l'actualité en temps réel, sur FranceSoir.fr