L'ÉTOILE DU JOUR

Iggy Pop scintille doucement

Denis Lavant le clown et sa "conscience", Iggy Pop (©Sophie Blondy/Wide Distribution).
Denis Lavant le clown et sa "conscience", Iggy Pop (©Sophie Blondy/Wide Distribution).

Béatrice Dalle, Natacha Régnier, Denis Lavant, Tchéky Karyo, Bruno Putzulu et, en invité intermittent et énigmatique, Iggy Pop: c'est une jolie distribution pour L'ÉTOILE DU JOUR, deuxième film un peu barré de la réalisatrice Sophie Blondy.

C'est l'histoire mouvementée d'une troupe de clowns, magiciens, acrobates, musiciens et acteurs qui font partie d'une petite troupe de cirque itinérant faisant escale quelques jours sur une plage de la Mer du Nord. Chaque soir une trentaine de spectateurs viennent voir le modeste spectacle et, bien que ne roulant pas sur l'or, la troupe s'en tire tant bien que mal.

Mais le danger ne va pas venir des finances, il couve dans les relations intimes entre les personnages. Elliot le clown (Denis Lavant) vit une histoire d'amour apparemment idyllique avec Angèle la ballerine (Natacha Régnier). Mais Heroy le directeur du cirque (Tchéky Karyo) veut user de son pouvoir pour séduire la belle, tandis que Zohra la gitane tireuse de cartes (Béatrice Dalle) tente d'envoûter Elliot dont elle est amoureuse. Et au milieu de tout cela Zéphir le magicien (Bruno Putzulu) passe son temps à râler et à comploter. Tout cela menace bien sûr de mal tourner…

Trompette, accordéon, engueulades au grand jour et petits secrets dans les roulottes: comme pour le film LES OGRES sorti récemment, il faut aimer le monde –en voie de disparition– du cirque pour apprécier l'ambiance un peu particulière de ce film, qui part parfois dans tous les sens et laisse les acteurs en faire des tonnes, dans des rôles un peu flous.

Tcheky Karyo, chef de bande irascible, mâchoires serrées, joue le rôle désagréable du méchant; Denis Lavant, yeux de veau et l'air ailleurs, casquette élimée vissée sur la tête, a du mal à passer pour le gentil; Béatrice Dalle, décolleté impressionnant, joue parfois les hystériques pour tenter de rendre crédible son personnage de médium; Bruno Putzulu, râleur et revendicatif, énervé, est lui aussi assez pénible.

Seule Natacha Régnier, discrète, réservée, rêveuse, interrogative, souriante et aérienne, apporte un peu de calme dans ce chaos relationnel entre les personnages. Et entre quelques moments de pure poésie et quelques séquences à suspense, Iggy Pop, torse nu bien sûr et toujours bel homme à 69 ans, dans le rôle muet d'une "conscience" éthérée, donne lui aussi une dimension un peu moins terre à terre et quelques accents de conte surnaturel à un film bancal, désordonné, inégal.

C'est, après ELLE ET LUI AU 14E ÉTAGE en 2000, le deuxième film de Sophie Blondy, qui fut danseuse chez Maurice Béjart, comédienne, scénariste, réalisatrice de courts métrages et assistante d'Andrzej Zulawski et Bruno Nuytten notamment. "Un cirque itinérant évoque à la fois la magie et la monstruosité", dit-elle pour expliquer le choix de son film. "Il faut voir ici une métaphore de la vie: l'image du monde tout simplement, montrer le beau comme le pire, le danger, les rêves et les illusions. L'itinérance aussi car, à la base, nous sommes tous des nomades de passage sur cette terre…"

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"Il est grand temps de rallumer les étoiles" (citation de Guillaume Apollinaire, en exergue du film).

 

L'ÉTOILE DU JOUR

(France, 1h39)

Réalisation: Sophie Blondy

Avec Denis Lavant, Iggy Pop, Tchéky Karyo

(Sortie le 28 septembre 2016)


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