GIRL

Le plaidoyer transgenre primé à Cannes

Pour ses débuts à l'écran dans ce rôle difficile, le jeune Victor Polster a reçu le Prix du meilleur acteur de la section Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes (©Diaphana Films).
Pour ses débuts à l'écran dans ce rôle difficile, le jeune Victor Polster a reçu le Prix du meilleur acteur de la section Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes (©Diaphana Films).

Un ado de 15 ans né garçon mais qui veut devenir une fille et rêve d'une carrière de danseuse étoile: c'est le scénario du film belge GIRL, qui a reçu deux prix au dernier Festival de Cannes.

C'est un garçon mais, dans sa tête, c'est une fille. Il se fait appeler Lara. Il a un petit frère de 6 ans et un père chauffeur de taxi, bienveillant et ouvert d'esprit, qui le soutient, l'aime, veille sur lui et l'encourage.

Lara a intégré une école de danse, et ses copines sont au courant que c'est un garçon. Mais cela ne pose pas de problèmes, ni dans les vestiaires ni sous la douche. Lara porte des soutiens-gorge pour masquer son absence de seins et, sous son maillot de ballerine, dissimule avec de larges bandes de sparadrap la bosse dans son slip.

Tout en suivant ses cours de danse, très éprouvants, Lara suit un traitement hormonal avant une opération chirurgicale prévue dans deux ans. Ses médecins l'accompagnent avec compréhension et délicatesse.

Tout se passe bien, apparemment. Mais, avec l'impatience de son âge, Lara trouve que la transformation physique est trop lente…

Présenté dans la section parallèle officielle Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, le film a obtenu la Caméra d'or du meilleur premier film et représentera la Belgique aux prochains Oscars.

Le réalisateur, Lukas Dhont, 27 ans, explique avoir eu l'idée de ce premier long-métrage il y a une dizaine d'années: "J’ai lu un article en 2009 dans un journal belge sur une jeune fille, née garçon, qui rêvait de devenir ballerine. Cette histoire m’a immédiatement frappé, je n’ai pas cessé d’y penser. J’étais tombé amoureux de cette fille. Elle était un exemple de courage et je me disais: si je réalise un premier long-métrage, je veux qu’il raconte son histoire", expliquait-il en mai dans une interview au site officiel du Festival de Cannes.

Sur ce sujet émouvant, il évite le mélo ou le sensationnalisme par une réalisation réaliste et sobre, qui donne beaucoup de place aux séquences pendant lesquelles Lara s'entraîne et souffre pour devenir danseuse. Le film montre ainsi comment les jeunes danseuses –et les danseurs– martyrisent parfois leur corps, et notamment leurs pieds, pour s'améliorer et tendre vers leur rêve.

C'est ce traitement pénible que Lara inflige à un corps qu'elle ne voit pas changer assez rapidement à son goût qui a intéressé le réalisateur. Au-delà de "la nécessité de parler de notre perception du genre, de ce qui est féminin et ce qui est masculin", il voulait pouvoir aussi "montrer la lutte intérieure d’une jeune héroïne, capable de mettre son corps en danger pour pouvoir devenir la personne qu’elle veut être".

Bien sûr un rôle aussi difficile exigeait un interprète hors du commun. Le réalisateur a trouvé la perle rare, après avoir auditionné plus de 500 adolescents (filles et garçons): il s'agit de Victor Polster, 16 ans, qui a déjà entamé une carrière de danseur professionnel et qui, pour sa prestation époustouflante, a obtenu à Cannes le Prix du meilleur acteur de la section Un Certain Regard.

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"Tu es un exemple pour beaucoup d'autres gens" (son père).

 

GIRL

(Belgique, 1h45)

Réalisation: Lukas Dhont

Avec Victor Polster, Arieh Worthalter, Katelijne Damen

(Sortie le 10 octobre 2018)


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