GEMINI MAN

Deux Will Smith, sinon rien

Dans les rues de Carthagène (Colombie), Will Smith court pour échapper à un tueur lancé à ses trousses (©Paramount Pictures).
Dans les rues de Carthagène (Colombie), Will Smith court pour échapper à un tueur lancé à ses trousses (©Paramount Pictures).

Deux Will Smith pour le prix d'un. Dans GEMINI MAN, le nouveau film du réalisateur Ang Lee, l'acteur incarne un tueur professionnel qui doit affronter son clone: "Qui vous sauvera de vous-même?", peut-on lire sur l'affiche du film.

Il interprète Henry Brogan, un tueur professionnel d'élite qui, pour le compte de la DIA (Defense Intelligence Agency), une branche secrète des services de sécurité, a abattu depuis une trentaine d'années 72 terroristes, malfaiteurs, assassins, ennemis et autres méchants. Pour sa dernière mission, installé au sommet d'une colline dans la campagne belge, il exécute avec un fusil à lunettes un terroriste russe installé dans un TGV qui file à 280km/h quelques centaines de mètres plus bas.

À 51 ans, Henry a décidé de prendre sa retraite, et va tranquillement pêcher en mer au large des côtes de la Géorgie. Mais un de ses anciens chefs, Clay Varris (Clive Owen), qui a créé une agence paramilitaire et de biotechnologie nommée Gemini, estime qu'il en sait trop sur les activités secrètes de son service, et qu'il est dangereux de le laisser partir à la retraite. Il envoie donc des tueurs à ses trousses.

Mais Henry est le meilleur des agents de la DIA. Il parvient à s'enfuir, avec l'aide d'une jeune collègue chargée de le surveiller et passée de son côté (Mary Elizabeth Winstead). De Carthagène en Colombie à Budapest en Hongrie, tous deux restent traqués par un jeune tueur envoyé par Clay Varris. Un tireur d'élite qui ressemble trait pour trait à Henry –et pour cause: c'est son clone, créé par Gemini. Avec une différence: il a 23 ans…

Le scénario de cette histoire traîne dans les couloirs d'Hollywood depuis 1997, et il a été question d'y associer les noms d'acteurs tels que Harrison Ford, Mel Gibson, Clint Eastwood ou Sean Connery pour le rôle principal. C'est finalement Will Smith qui a été choisi, avec derrière la caméra Ang Lee, réalisateur taïwanais installé aux États-Unis et à la filmographie très éclectique (GARÇON D'HONNEUR, RAISON ET SENTIMENTS, TIGRE ET DRAGON, LE SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN, L'ODYSSÉE DE PI) qui lui a valu notamment quatre Oscars.

Pour interpréter Will Smith jeune, le réalisateur aurait pu choisir le propre fils de l'acteur, Jaden, 21 ans, qui a joué à ses côtés dans le film de science-fiction AFTER EARTH en 2013. Mais non, trop simple –et pas assez ressemblant. Ang Lee a préféré se lancer le défi technologique de créer numériquement le clone de Will Smith, rajeuni d'une trentaine d'années.

Le réalisateur a également voulu tourner avec toutes les technologies les plus en pointe du cinéma actuel: en 3D (relief), en 4K (ultra-haute définition) et en 120 images par seconde (au lieu de 24 habituellement). Cela donne un rythme à l'action et une précision dans les images qui font que, parfois, on se croirait dans un jeu vidéo.

Fusillades, bagarres, poursuites –comme cette spectaculaire course à moto entre Will Smith et Will Smith 2.0 dans les rues de Carthagène– sont au rendez-vous de ce film d'action qui fait penser aux JAMES BOND, JASON BOURNE et autres MISSION: IMPOSSIBLE sans vraiment séduire par son originalité. Le réalisateur fait mine, vers la fin, de poser quelques interrogations philosophico-existentialistes (la guerre, la souffrance, la paternité, la dualité, le remplacement de l'homme par des robots ou des clones), mais on voit bien qu'il a été davantage fasciné par ses superbes outils technologiques que par le scénario de son histoire, décevant et point faible du film.

Jean-Michel Comte

 

LA PHRASE

"C'est bien d'avoir peur. Ça rend vigilant" (Will Smith).

 

GEMINI MAN

(États-Unis, 1h57)

Réalisation: Ang Lee

Avec Will Smith, Mary Elizabeth Winstead, Clive Owen

(Sortie le 2 octobre 2019)


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