ACTUS CINÉMA: 4E TRIMESTRE 2013


Bratislava sous le signe de ''l'été indien''

Mardi 12 novembre 2013

Le 15e Festival de Bratislava s'est déroulé du 6 au 12 novembre (©DR)
Le 15e Festival de Bratislava s'est déroulé du 6 au 12 novembre (©DR)

Le 15e Festival international du film de Bratislava, organisé du 6 au 12 novembre dans la capitale slovaque, était placé sous le signe de "l'été indien". Non seulement pour la chaleur inhabituelle qui règnait sur la ville en cette période automnale, mais aussi en référence à un des films présentés en compétition, YOZGAT BLUES, dans lequel un vieux chanteur sur le déclin reprend à plusieurs reprises le célèbre tube interprété dans les années 1970 par Joe Dassin.
A l'instar de la plupart des sept autres longs-métrages briguant les prix attribués dans la principale compétition, celle des meilleurs "premier et second films", l'optimisme n'est pas de mise dans ce film réalisé par un jeune cinéaste turc, Mahmut Fazil Coskun.

Mais il a le mérite de nous montrer, de manière très réaliste, le quotidien de plusieurs personnages dont le destin se croise dans une petite ville du centre de l'Anatolie. L'arrivée à Yozgat d'un vieux chanteur et de sa choriste, qui interprètent des tubes des années 1970 dans un petit club, bouleverse la vie monotone d'un coiffeur qui va travailler pour eux.
Ce long-métrage, au rythme très lent, n'a pas été primé.
Le grand vainqueur de la compétition est un film slovène, déjà choisi pour représenter ce petit pays des Balkans dans la course à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. CLASS ENEMY, de Rok Bicek, raconte l'histoire d'une rébellion, celle d'élèves d'un lycée qui accusent leur professeur d'allemand, très strict, d'être responsable du suicide d'une de leur camarade de classe.

"C'est basé sur une histoire vraie", a expliqué Rok Bicek à l'issue de la projection de son film dans une des salles de cinéma de Bratislava. Le jeune réalisateur slovène était, il y a quelques années, lui-même lycéen dans une autre classe de l'établissement où se sont déroulés les faits.
CLASS ENEMY rappelle par certains côtés ENTRE LES MURS, le film du réalisateur français Laurent Cantet récompensé par la Palme d'or au Festival de Cannes en 2008. De façon très concrète, il aborde les relations entre un professeur et ses élèves, et les tensions provoquées par un conflit. Il suscite aussi une réflexion sur la manière d'enseigner et de se faire respecter par les élèves sans être trop strict.
CLASS ENEMY a remporté le Grand prix, le prix de la Fédération internationale des critiques de film (Fipresci), ainsi que le prix du meilleur acteur pour Igor Samobor, qui interprète le professeur d'allemand.

Le prix de la meilleure actrice a été attribué à la Suédoise Anna Odell, réalisatrice et interprète principale de THE REUNION. Dans une ambiance similaire à celle de FESTEN, du Danois Thomas Vinterberg, le film nous plonge au coeur d'une réunion qui devait être festive, mais qui dérape en raison de révélations difficiles à entendre qui y sont faites. La suite du film réserve d'autres surprises...
Enfin, le prix du meilleur réalisateur a été décerné, ex-aequo, à Youri Bykov pour THE MAYOR (sorti en France le 6 novembre), un thriller sur fond de violence et d'abus de pouvoir au sein de la police russe, et à Bobo Jelsic pour A STRANGER, un drame qui évoque les divisions dans la ville de Mostar, en Bosnie-Herzégovine, entre communautés bosniaque (musulmane) et croate (catholique).
En plus des trois autres longs-métrages en compétition, LOVE ME (Ukraine-Turquie), TWO MOTHERS (Allemagne) et ZORAN, MY NEPHEW THE IDIOT (Italie), de nombreux autres films (fictions et documentaires) ont été projetés au cours du festival, dont NIGHT TRAIN TO LISBON, de Bille August (lauréat de deux Palmes d'or à Cannes pour PELLE LE CONQUÉRANT en 1988 et pour LES MEILLEURES INTENTIONS en 1992), avec Jeremy Irons et Mélanie Laurent.

Le réalisateur danois était présent sur les bords du Danube pour recevoir un prix d'honneur à l'occasion de ce festival organisé dans un pays qui fête cette année le 20e anniversaire de son indépendance, intervenue en 1993, trois ans après la "révolution de velours" qui mit fin au régime communiste.
Pierre-Yves Roger, envoyé spécial à Bratislava.


Chervine Namani prend son envol à Los Angeles

Vendredi 1er novembre 2013

Chervine Namani dans le court métrage FOR THE BIRDS (©Tara Atashgah/Motamedia Productions)
Chervine Namani dans le court métrage FOR THE BIRDS (©Tara Atashgah/Motamedia Productions)

''Mon plus grand rêve, c'est une carrière à la Marion Cotillard: en France et aux Etats-Unis, aller et venir, faire des choses dans les deux pays'', dit-il. A 25 ans, Chervine Namani, jeune acteur franco-iranien installé depuis trois ans à Los Angeles, a de grandes ambitions. Et la capacité de les réaliser.
Petit à petit, lentement mais sûrement, dans ce métier où la concurrence est âpre, il suit son chemin et commence à se faire remarquer. Il affiche une énergie et une volonté rares, un désir de persévérer et de réussir qui ne faiblit pas, sous une apparence de jeune homme calme et chaleureux, presque timide.
Pour la première fois il fait une apparition dans un long métrage, INTERIOR LEATHER BAR, le film de James Franco et Travis Mathews, sorti dans les salles françaises ce 30 octobre. Comme d'autres jeunes acteurs, il y joue son propre rôle, celui d'un comédien confronté au tournage d'un docu-fiction sur la reconstitution de certaines scènes du film CRUISING de William Friedkin, en 1980, dont l'action se déroulait dans le milieu des bars gays.
Mais son premier grand rôle, Chervine Namani l'a interprété dans un court métrage acclamé aux récents festivals de Montréal et de Vancouver: FOR THE BIRDS, de la jeune réalisatrice iranienne Tara Atashgah, histoire vraie d'une jeune fille de 16 ans condamnée à mort en Iran pour adultère en 2004.
La corde autour du cou, la jeune fille supplie la foule réunie autour d'elle de l'aider et de ne pas la laisser mourir mais tous, tétanisés par l'horreur et la peur, restent silencieux et détournent le regard. Tous, sauf un jeune homme...
Le film est pratiquement sans paroles, ''tout se jouait dans le regard, dans mes yeux'', raconte à FranceSoir l'e-mag Chervine Namani, qui a été auditionné quatre fois avant d'être choisi par la réalisatrice iranienne, exilée à Los Angeles depuis 2006. ''Avec ce film, on ne pourra jamais retourner en Iran'' sous le régime actuel, expliquait-il récemment dans une interview à Radio-Canada. ''C'est un sacrifice, mais ça vaut le coup''.
Le jeune homme, né à Paris en 1988, n'est allé en Iran que quelques fois dans sa jeunesse, avec sa mère, notamment pour y rencontrer des membres de la famille de son père. Celui-ci, aujourd'hui directeur artistique dans la presse, a fui le régime des ayatollahs en 1983 et a obtenu l'asile politique en France, après avoir traversé la Turquie en autocar. C'est à Paris qu'il a rencontré celle qui allait devenir la mère de Chervine, architecte d'intérieur.
Et tout petit déjà, le gamin ''adorait chanter devant les gens, les amis et la famille'', raconte le papa. ''C'est lui qui faisait les discours, avec beaucoup d'imagination. Et toujours en prenant la pose, avec tout dans le regard…''
''…Oui, mais sans jamais savoir que c'est cela que je voulais faire'', renchérit Chervine. A l'adolescence, il ne rêvait pas d'une carrière artistique, il a fait des études de droit et a passé le concours de Sciences Po. Mais il l'a raté et, dit-il, ce fut un signe. Car à l'époque, deux films de Jacques Audiard ont été pour lui un déclic: DE BATTRE MON COEUR S'EST ARRÊTÉ en 2005, et surtout UN PROPHÈTE en 2009. ''En sortant de la salle, je me suis dit que c'était cela que je voulais faire: du cinéma''.
Ses parents ne s'y sont pas opposés, le jeune homme a suivi des cours de théâtre à Paris, mais très vite a décidé de tenter l'aventure américaine. Il s'est envolé pour Los Angeles en janvier 2010, et s'est inscrit à la Stella Adler Academy, une école d'acteurs dont il est sorti diplômé.
Depuis trois ans et demi il a joué une demi-douzaine de pièces, puis est apparu dans un spot de pub et un clip musical, puis a commencé à décrocher des petits rôles dans des courts métrages, puis des rôles principaux. Il a même co-produit l'adaptation au cinéma, avec ses amis acteurs, d'une pièce (RED POPPIES)  pour laquelle il a obtenu le prix du meilleur comédien dans un festival local.
Les débuts à Los Angeles furent difficiles, ''chaque jour je pensais rentrer en France, mais quelque chose en moi me disait de rester, de m'accrocher'', raconte-t-il. Encouragé à distance par sa famille, Chervine Namani a persévéré, et aujourd'hui les premiers succès arrivent.
Il espère que FOR THE BIRDS sera montré en France, car il veut faire carrière aussi de ce côté-ci de l'Atlantique. Mais pour l'instant son avenir proche est toujours à Los Angeles, où un agent important, influent dans les milieux du showbiz, l'a remarqué. Il ne veut pas en dire plus, mais cela pourrait déboucher prochainement sur un rôle ''dans une grosse série télé'', glisse-t-il en croisant les doigts.
Aux Etats-Unis, il essaye d'éviter les rôles de l'Iranien de service –le terroriste, le partisan du régime islamiste, le paysan pauvre, l'opposant en exil--, insiste sur ses attaches françaises et sa double nationalité, travaille son accent. ''J'auditionne en anglais, en français, en persan: parfois j'ai l'impression que ma tête va exploser…''.
Il ne milite pas activement contre l'actuel régime en place à Téhéran, ''ce régime horrible'' qui fait régner ''l'obscurantisme''. Mais il pense que ''le cinéma a un pouvoir de message incroyable'', davantage que l'activisme politique: ''Je pense que c'est plus efficace. Acteur, au moins, il y a une honnêteté, une simplicité qui touche les gens'', comme le court métrage FOR THE BIRDS.
Passionné de sport et notamment de football (''L'Equipe, c'est la page d'accueil de mon ordinateur'', dit-il, avouant un petit faible –allez savoir pourquoi-- pour l'Olympique de Marseille), il suit de très près le cinéma français. Il voue donc une admiration sans borne à Jacques Audiard, a été enthousiasmé récemment par LA VIE D'ADÈLE, et reconnaît s'être senti dans la peau d'un petit garçon admiratif quand il s'est retrouvé, récemment en venant en France, dans le même avion que Marion Cotillard.
Mais quand on lui demande quel acteur l'impressionne le plus, la réponse est immédiate: Joaquin Phoenix. Il lui reconnaît une sensibilité, une force intérieure cachée sous une apparente fragilité, un supplément d'âme et de talent rare –toutes choses vers lesquelles il veut tendre.
Plutôt beau gosse (comme son père), le sourire charmeur et le regard doux, Chervine Namani dit aimer ''les rôles sombres, tristes''. Mais on l'imagine, dans son métier d'acteur, plutôt victime que bourreau, plutôt bon que méchant, plutôt amoureux que macho, plutôt idéaliste que cynique.
Sa carrière ne fait que commencer, il a l'avenir devant lui. Il se veut ''acteur caméléon'', capable de tout jouer, même et surtout des rôles de composition. Bourreau, méchant, macho, cynique: ça viendra peut-être, il a le temps.
Mais à l'écouter et à le voir, à 25 ans, on balance entre sa volonté de fer et sa gentillesse naturelle, son ambition tranquille et sa décontraction apparente, sa confiance en lui et ses doutes quotidiens. Quand il remercie quelqu'un, Chervine Namani plie le bras droit et met sa main devant son coeur: même chez un acteur, il y a des gestes de sincérité qui ne trompent pas.

Jean-Michel Comte

>>> Retrouvez cet article et d'autres dans le n°32 de FranceSoir l'e-mag, disponible sur iPad: http://bit.ly/ZoL5gc et www.francesoir.fr

(©FranceSoir l'e-mag)
(©FranceSoir l'e-mag)

Rithy Panh et Marceline Loridan-Ivens, deux cinéastes guidés par le devoir de mémoire

Lundi 28 octobre 2013

Marceline Loridan-Ivens le week-end dernier à Dijon (©Pierre-Yves Roger)
Marceline Loridan-Ivens le week-end dernier à Dijon (©Pierre-Yves Roger)

Plusieurs centaines de professionnels du cinéma se sont retrouvés du 24 au 26 octobre à Dijon (Côte d'Or) pour la 23e édition des Rencontres cinématographiques de l'ARP (Auteurs-Réalisateurs-Producteurs).
Ils ont débattu sur plusieurs thèmes, parmi lesquels "Rapport Lescure: espoirs ou craintes d'une réforme du système cinématographique?", en présence de la ministre de la Culture et de la Communication Aurélie Filippetti, ou encore "Le cinéma est-il euro-compatible?".
Parallèlement à ces discussions, deux cinéastes qui ont vécu des histoires dramatiques ont évoqué leurs parcours lors d'une passionnante rencontre avec le public dans un cinéma de la ville: Rithy Panh, dont la vie a été marquée par le génocide des Khmers rouges, et Marceline Loridan-Ivens qui, adolescente, a survécu à son internement dans plusieurs camps, notamment celui d'Auschwitz-Birkenau, pendant la Seconde guerre mondiale.
Pour elle, le cinéma est arrivé "un peu par hasard", raconte la réalisatrice, fille de parents juifs polonais, émigrés en France en 1919. Elle a aujourd'hui 85 ans. "J'allais beaucoup à la Cinémathèque. Je n'ai presque pas fait d'études. Suite à des rencontres avec Edgar Morin et Jean Rouch, j'ai été une des protagonistes (en tant qu'actrice) de CHRONIQUE D'UN ÉTÉ",  un film sorti en 1961.
Engagée contre la guerre d'Algérie, elle s'est ensuite rendue dans ce pays pour co-réaliser en 1962 un documentaire, ALGÉRIE, ANNÉE ZÉRO. Puis elle a rencontré son compagnon, Joris Ivens. "Nous avons vécu 30 ans ensemble et fait une vingtaine de films."
"Quand je suis revenue des camps, il m'a fallu des années pour récupérer. Il a fallu qu'on gèle tout de l'intérieur pour pouvoir survivre, pour perdre la violence, la dureté qu'on a en nous", explique-t-elle.
Les documentaires lui ont permis de parler de la vie d'autres gens, d'oublier un peu sa douleur. En 2002, elle a réalisé une fiction, LA PETITE PRAIRIE AUX BOULEAUX, avec Anouk Aimée, dans laquelle elle revient sur sa propre histoire, et l'horreur des camps de concentration.
"On pense beaucoup aux morts. Je suis devenu cinéaste à cause de mon histoire", note pour sa part Rithy Panh qui, comme Marceline Loridan-Ivens, a perdu beaucoup de membres de sa famille dans les camps de la mort. Cet homme de 49 ans, qui a fui son pays quand il était adolescent en raison de la dureté du régime de Pol Pot, est arrivé en France en 1980.
"On a vécu beaucoup de violence. Mon problème, c'était: comment s'en sortir. Il m'a fallu quelques années. J'étais assez renfermé. J'ai travaillé le bois, un métier de taiseux", se rappelle-t-il.
Puis, attiré par le cinéma, il entre à l'IDHEC et commence à tourner des documentaires, liés à l'histoire de son pays natal. "On peut utiliser ce moyen pour dire ce qu'on ne peut pas dire avec des mots. C'est un travail que je fais surtout pour moi aussi", analyse-t-il, faisant référence à ses documentaires.
Il tourne notamment S21, LA MACHINE DE MORT KHMÈRE ROUGE en 2002, récompensé par de nombreux prix, puis DUCH, LE MAÎTRE DES FORGES DE L'ENFER, en 2011. L'interview d'une des figures centrales du génocide Khmer rouge, "c'était super dur, on ne sort pas indemne de ça", raconte-t-il, tout en plaisantant: "Après, on va voir son psy!"
Dans un tout autre style, une fiction, Rithy Panh a tourné UN BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE, sorti en 2009, qui raconte une histoire en Indochine française dans les années 1930, avec notamment Isabelle Huppert et Gaspard Ulliel. Une expérience pas évidente pour le réalisateur franco-cambodgien. "Les acteurs, j'avais très peur d'eux. C'est un rapport de force que je déteste", concède-t-il, tout en reconnaissant qu'"on a besoin d'acteurs talentueux".
Pierre-Yves Roger, envoyé spécial à Dijon.


Pasolini, scandaleux et talentueux

Mercredi 16 octobre 2013

(©Cinémathèque française)
(©Cinémathèque française)

Pier Paolo Pasolini, le réalisateur du sulfureux SALO OU LES 120 JOURS DE SODOME, est assassiné le 2 novembre 1975 sur un terrain vague d'Ostie, avant même d'avoir pu assister à la projection de ce film qui fait scandale lors de sa sortie. Disparu prématurément à l'âge de 53 ans, le cinéaste italien laisse derrière lui une oeuvre originale, souvent dérangeante, méritant largement que la Cinémathèque française lui consacre une exposition. Intitulée "Pasolini Roma", elle retrace ses 25 années passées dans la capitale italienne.
Né le 5 mars 1922, Pasolini passe son enfance dans plusieurs villes du nord de l'Italie. Il n'arrive à Rome qu'à 28 ans, avec sa mère. Il vit dans un quartier pauvre et devient enseignant. Parallèlement, il rédige des poèmes et un premier roman, "Ragazzi di Vita", qui le rend célèbre.
Il commence alors à travailler comme scénariste pour Fellini (LES NUITS DE CABIRIA) et Bolognini (LES GARÇONS) notamment, avant de passer lui-même derrière la caméra. Il tourne un premier film, ACCATONE, puis MAMMA ROMA avec Anna Magnani. Viennent ensuite L'ÉVANGILE SELON MATTHIEU, THÉORÈME, MÉDÉE, et sa fameuse trilogie: LE DÉCAMERON, LES CONTES DE CANTERBURY et LES MILLE ET UNE NUIT.
"Pasolini a énormément écrit. C'était un homme engagé, un penseur, quelqu'un qui a compris la société de son temps", a expliqué Serge Toubiana, le directeur général de la Cinémathèque, lors de la conférence de presse de présentation de l'exposition. Il a salué "une oeuvre qui continue de nous intriguer, de nous fasciner, de nous émouvoir".
Alain Bergala, un des commissaires de l'exposition, ancien rédacteur en chef des "Cahiers du cinéma", a souligné pour sa part que le danger d'une exposition sur ce cinéaste était d'en faire "une sorte de monument monolithique". "Il est essentiel de préserver le côté incroyablement contradictoire de Pasolini. Il n'a cessé de se contredire, d'abjurer. C'est l'homme, l'artiste, l'écrivain le plus contradictoire depuis longtemps. C'est pour ça qu'il reste vivant", a-t-il ajouté.
L'exposition est divisée en six sections, de manière chronologique, de l'arrivée de Pasolini à Rome en 1950 jusqu'à sa mort. On y découvre des tableaux et des dessins de l'artiste, un talent qu'on ne lui connaît pas forcément, ainsi que des extraits de ses films et des interviews. On s'attarde sur de nombreux documents, relatifs notamment à sa liaison amoureuse, pendant neuf ans, avec l'acteur Ninetto Davoli, et aux nombreux procès qui lui ont été intentés en raison de son oeuvre sulfureuse.
De nombreux événements sont organisés parallèlement, dont une retrospective de tous ses films, ainsi qu'une journée d'études autour de son oeuvre. Les stations de métro Rome et Place d'Italie se mettent aussi aux couleurs de Pasolini jusqu'au 21 octobre.
Cette exposition, inaugurée à Barcelone, sera ensuite présentée à Rome et à Berlin.
Pierre-Yves Roger
> Exposition "Pasolini Roma": du 16 octobre au 26 janvier
> www.cinematheque.fr